La notion de risque renvoit à la combinaison de deux facteurs : la probabilité qu’un
évènement nuisible ne se produise ; et le dommage qui pourrait potentiellement en
résulter... Un risque est dit systémique lorsqu’il affecte les systèmes dont dépend une société : systèmes de santé, de transport, de télécommunications, environnementaux, etc. [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)].
20.1.04
Bon nombre de risques systémiques émergents ont une portée planétaire. Autrement dit, de graves difficultés sont à prévoir pour les stratégies nationales, et des solutions internationales adaptées s’imposent : échange de pratiques exemplaires et coopération, ou accords plus contraignants [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
Par le jeu des divers facteurs décrits précédemment, beaucoup de dangers pourraient évoluer, qu’il s’agisse de leur fréquence ou des dommages à prévoir. Les inondations, les maladies infectieuses et les actes de terrorisme ne sont que des exemples de risques qui semblent avoir subi des transformations radicales ces dernières années. Une gestion des risques essentiellement fondée sur l’expérience passée – comme c’est souvent le cas – s’expose donc à bien des « surprises ». Les stratégies de gestion des risques doivent donner une plus large place aux méthodes prospectives, notamment de façon à évaluer et à saisir l’incidence des facteurs de changement [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
Un certain nombre d’évolutions en cours laissent présager une diversité moins grande et un passage à des échelles plus vastes, dans des domaines tels que l’économie (concentration des marchés), l’urbanisation (mégapoles) et l’environnement (perte de biodiversité). Or la diversité facilite la gestion des risques en les étalant dans l’espace et dans le temps. La concentration, au contraire, regroupe les risques et les rend plus difficiles à gérer. De ce fait, les conséquences qu’elle entraîne en termes de vulnérabilité aux risques majeurs pourraient devenir un enjeu de taille durant les années à venir.[Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
L’ouverture et l’interconnexion des systèmes, conjuguées à la mobilité des personnes, des biens, des services, des technologies et des informations, multiplient les possibilités d’échanges susceptibles d’engendrer un danger ou d’y contribuer. Les risques deviennent plus complexes. Parallèlement, on assiste à une prise de conscience croissante de la complexité du monde (des processus naturels ou sociaux) et de la nécessité de mieux intégrer cette complexité à l’examen des risques.
Un certain nombre de méthodes ont été élaborées pour aborder la complexité. Celles qui visent l’évaluation et la gestion de la sécurité dans des systèmes techniques complexes, par exemple, prennent en compte l’ensemble des facteurs de risque. En particulier, elles privilégient les mécanismes de propagation par lesquels un danger s’étend et prend de l’ampleur [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
Un certain nombre de méthodes ont été élaborées pour aborder la complexité. Celles qui visent l’évaluation et la gestion de la sécurité dans des systèmes techniques complexes, par exemple, prennent en compte l’ensemble des facteurs de risque. En particulier, elles privilégient les mécanismes de propagation par lesquels un danger s’étend et prend de l’ampleur [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
Pour envisager globalement la dynamique engagée, il importe de définir les principaux aspects qui pourraient remettre en question la gestion des risques. Ils se répartissent en cinq catégories : mobilité et complexité grandissantes ; échelle et concentration croissantes ; contexte changeant et fortes incertitudes ; modification des responsabilités ; et rôle de la perception des risques [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
La démographie: D’après les prévisions, la population mondiale devrait passer de 6 à 9 milliards d’habitants entre aujourd’hui et 2050. Cette croissance, pour l’essentiel, sera le fait des pays en développement d’Asie et d’Afrique. Elle accentuera encore les pressions exercées sur des ressources et des systèmes qui, d’ores et déjà, sont souvent loin de répondre aux besoins...Ces 3 milliards de personnes supplémentaires vivront pratiquement toutes en milieu urbain(p.11)...
L’environnement: Le climat de la planète change et continuera de changer. Il est de plus en plus admis que les activités humaines, et les émissions de gaz à effet de serre correspondantes, sont la cause du réchauffement climatique. Du fait en particulier de la croissance démographique et économique mondiale – la production énergétique et les modes de consommation aidant – les émissions de CO2 devraient augmenter d’un tiers dans les pays de l’OCDE et doubler dans les économies non membres entre 1995 et 2020.Les ressources en eau iront en se raréfiant. Plus de la moitié des 12 500 km3 d’eau douce utilisables par l’être humain a déjà été prélevée, et la proportion atteindra 90 % en 2030 si la tendance observée se confirme. Au rythme de la consommation actuelle, deux tiers de la population mondiale pâtiront d’une pénurie d’eau d’ici à 2025. Aujourd’hui, pas moins de 1.4 milliard de personnes n’ont pas directement accès à l’eau potable et plus de 3 milliards ne sont pas desservies par des stations d’épuration fiables. A l’échelle planétaire, on estime que l’eau polluée constitue une menace sanitaire pour quelque 1.2 milliard d’individus et explique en partie que 15 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année. L’absence ou l’insuffisance de ressources en eau de bonne qualité contribuera de plus en plus à affaiblir la santé des populations et à amplifier les épisodes de maladies infectieuses à l’avenir. Une autre tendance, l’appauvrissement de la biodiversité, risque fort elle aussi d’avoir des conséquences inquiétantes. En effet, la diversité biologique confère aux écosystèmes une stabilité et une résilience accrues. Dans les zones agricoles, elle a reculé devant l’intensification et l’uniformisation des cultures. La modification des caractéristiques d’utilisation des sols, à commencer par l’assèchement des zones humides ou le déboisement, met également la biodiversité en péril.
Les technologies: Le progrès technologique peut, selon les cas, réduire ou aggraver les risques, voire en créer de nouveaux. Trois aspects des technologies naissantes sont à prendre en compte : la connectivité ; la rapidité et le caractère envahissant du changement technique ; et les transformations fondamentales qui peuvent en résulter...Toutefois, l’interconnexion multiplie également les voies de propagation des effets préjudiciables. Des technologies performantes inédites vont sans doute remplacer rapidement celles que nous connaissons, et le souci de conquérir des marchés pourrait prendre le pas sur la prise en compte de tous les prolongements possibles...Certaines technologies nouvelles agissent sur la biosphère, et comportent un risque sans précédent de modifier l’environnement. Elles sont même en passe de faire voler en éclats la définition du « vivant » et pourraient finir par changer radicalement ce qu’on entend par « humain ».
Les structures socio-économiques: L’État tend à se désengager de la conduite directe de l’économie depuis plusieurs décennies, et plus particulièrement depuis vingt ans – par la privatisation, la libéralisation et la réforme réglementaire. De plus en plus, les prises de position et les choix stratégiques sont déterminés autant par des instances internationales, des entreprises et des organisations non gouvernementales que par les pouvoirs publics, si bien que la gestion des risques peut être compromise par des conflits d’intérêts entre les divers acteurs. Dans certains secteurs, la mondialisation, la concurrence et le progrès technologique vont dans le sens d’une concentration économique plus poussée à tous les niveaux. Il en résulte une vulnérabilité accrue aux chocs si un élément vital est atteint...[Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)].
L’environnement: Le climat de la planète change et continuera de changer. Il est de plus en plus admis que les activités humaines, et les émissions de gaz à effet de serre correspondantes, sont la cause du réchauffement climatique. Du fait en particulier de la croissance démographique et économique mondiale – la production énergétique et les modes de consommation aidant – les émissions de CO2 devraient augmenter d’un tiers dans les pays de l’OCDE et doubler dans les économies non membres entre 1995 et 2020.Les ressources en eau iront en se raréfiant. Plus de la moitié des 12 500 km3 d’eau douce utilisables par l’être humain a déjà été prélevée, et la proportion atteindra 90 % en 2030 si la tendance observée se confirme. Au rythme de la consommation actuelle, deux tiers de la population mondiale pâtiront d’une pénurie d’eau d’ici à 2025. Aujourd’hui, pas moins de 1.4 milliard de personnes n’ont pas directement accès à l’eau potable et plus de 3 milliards ne sont pas desservies par des stations d’épuration fiables. A l’échelle planétaire, on estime que l’eau polluée constitue une menace sanitaire pour quelque 1.2 milliard d’individus et explique en partie que 15 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année. L’absence ou l’insuffisance de ressources en eau de bonne qualité contribuera de plus en plus à affaiblir la santé des populations et à amplifier les épisodes de maladies infectieuses à l’avenir. Une autre tendance, l’appauvrissement de la biodiversité, risque fort elle aussi d’avoir des conséquences inquiétantes. En effet, la diversité biologique confère aux écosystèmes une stabilité et une résilience accrues. Dans les zones agricoles, elle a reculé devant l’intensification et l’uniformisation des cultures. La modification des caractéristiques d’utilisation des sols, à commencer par l’assèchement des zones humides ou le déboisement, met également la biodiversité en péril.
Les technologies: Le progrès technologique peut, selon les cas, réduire ou aggraver les risques, voire en créer de nouveaux. Trois aspects des technologies naissantes sont à prendre en compte : la connectivité ; la rapidité et le caractère envahissant du changement technique ; et les transformations fondamentales qui peuvent en résulter...Toutefois, l’interconnexion multiplie également les voies de propagation des effets préjudiciables. Des technologies performantes inédites vont sans doute remplacer rapidement celles que nous connaissons, et le souci de conquérir des marchés pourrait prendre le pas sur la prise en compte de tous les prolongements possibles...Certaines technologies nouvelles agissent sur la biosphère, et comportent un risque sans précédent de modifier l’environnement. Elles sont même en passe de faire voler en éclats la définition du « vivant » et pourraient finir par changer radicalement ce qu’on entend par « humain ».
Les structures socio-économiques: L’État tend à se désengager de la conduite directe de l’économie depuis plusieurs décennies, et plus particulièrement depuis vingt ans – par la privatisation, la libéralisation et la réforme réglementaire. De plus en plus, les prises de position et les choix stratégiques sont déterminés autant par des instances internationales, des entreprises et des organisations non gouvernementales que par les pouvoirs publics, si bien que la gestion des risques peut être compromise par des conflits d’intérêts entre les divers acteurs. Dans certains secteurs, la mondialisation, la concurrence et le progrès technologique vont dans le sens d’une concentration économique plus poussée à tous les niveaux. Il en résulte une vulnérabilité accrue aux chocs si un élément vital est atteint...[Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)].
Les changements susceptibles d’influer sur les risques et sur la manière dont ils sont gérés dans les années à venir se produiront dans quatre domaines : la démographie, l’environnement, les technologies et les structures socio-économiques. Ils vont se répercuter sur les aléas classiques et en susciter de nouveaux, modifier la vulnérabilité aux risques, transformer les voies de diffusion des accidents et modifier les réactions de la collectivité...[Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)].
Religioscope - > Hindouisme: quelques tendances globales La profession sacerdotale connaît un déclin de plus en plus marqué: beaucoup de brahmanes dont les pères ou grands-pères étaient attachés à un temple renoncent à poursuivre dans cette voie et préfèrent s'engager dans des professions plus lucratives pour assurer à leur famille un revenu décent. Parallèlement, la qualité de formation des prêtres tend également à décroître. L'hindouisme bénéficie considérablement du développement d'Internet. Celui-ci permet beaucoup plus aisément l'accès à des informations sur l'hindouisme conformes à la perception qu'en ont les pratiquants de cette religion. Le réseau Internet renforce les liens au sein des différents groupes de l'hindouisme à travers le monde. Il permet de diffuser et partager des informations. C'est aussi un signe de l'importance toujours plus grande acquise en Inde par les technologies de l'information.
Religioscope - > Hindouisme: quelques tendances globales Tout d'abord, le développement de la fierté d'être hindou a continué de s'affirmer, confirmant la pérennité de cette religion à l'heure même où des idéologies modernes vieillissent et passent de mode. Les hindous s'affirment volontiers comme tels. Revers de la médaille: cette affirmation de soi peut parfois prendre des tournures militantes et violentes, comme on l'a notamment vu cette année lors des émeutes dans le Gujarat.
19.1.04
Nous sommes tous exposés quotidiennement à des risques très divers qui peuvent affecter ce à quoi nous tenons : notre vie et notre santé, ainsi que celles d’autrui, nos biens ou l’environnement. Certains de ces risques menacent les personnes, mais de façon isolée du point de vue de la collectivité – voir le cas des accidents automobiles. D’autres, en revanche, peuvent avoir une portée bien plus grande, et entraîner des effets beaucoup plus étendus...Les risques majeurs ne manqueront pas d’évoluer considérablement durant les décennies à venir. Les facteurs de changement sont multiples : ils peuvent être d’ordre environnemental, technologique, démographique ou socio-économique. Une transformation profonde devrait s’ensuivre pour un large éventail de risques, de même que pour le contexte dans lequel ces risques sont pris en charge [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)]...
Que seront les risques majeurs au XXIe siècle ? Les dernières années ont vu un grand nombre de catastrophes de nature différente se produire à travers le monde : tempêtes et inondations dévastatrices en Europe et tempêtes de verglas au Canada, apparition de maladies nouvelles touchant les hommes (sida, virus Ébola) et les animaux (ESB), attentats terroristes comme ceux du 11 septembre 2001 aux États-Unis et celui au gaz sarin perpétré au Japon, perturbations majeures subies par certaines infrastructures critiques sous l’effet de virus informatiques ou simplement de défaillances techniques – et encore bien d’autres accidents extrêmement coûteux survenus en l’espace de quelques années. A travers ces évènements, ce n’est pas seulement la nature des risques majeurs qui paraît évoluer, mais aussi le contexte dans lequel ils apparaissent et la capacité des sociétés à les gérer. Les forces qui façonnent ces mutations sont nombreuses et diverses. On assiste à une hausse de la densité de population dans les grandes agglomérations et à une concentration accrue des activités économiques dans certaines régions, ce qui ne fait qu’accentuer la vulnérabilité de ces zones. La mondialisation progresse rapidement dans toutes ses dimensions – économique, technologique, culturelle et environnementale – et amplifie l’interdépendance, facilitant du même coup la propagation des agents pathogènes dangereux, des polluants et des effets des défaillances techniques. Autre facteur important, les limites de la science et de l’innovation technique sont repoussées toujours plus loin à un rythme effréné, avec à la clé des répercussions inconnues (et impossibles à connaître) qui placent la société devant des choix difficiles. Pour autant que l’on puisse en juger d’après le passé, toutes ces évolutions sont appelées à se poursuivre [Source: Les risques émergents au XXIe siècle (OCDE)].
15.1.04
Introduction: Il existe - et a existé - plusieurs sortes d’Occidentaux « africanophiles », d’individus qui, au cours de l’histoire, se sont pris de passion pour ce continent vaste et extrêmement divers. Mais, rares sont ceux qui, malgré cette passion, ont véritablement considéré l’Afrique comme un continent majeur, avec lequel peuvent se tisser des relations d’égalité.
Il y eut d’abord les explorateurs fascinés par une Afrique aux paysages extraordinaires et aux populations si « étrangères ». L’image de l’explorateur écossais Mongo Park se noyant dans le Niger ou celle du voyageur René Caillié, revenant rongé par de multiples maladies de sa recherche obsessionnelle de Tombouctou, illustrent cette quête insatiable, ambiguë, et parfois mortelle.
Il y eut les anthropologues qui, notamment au XIXe siècle, allèrent étudier les populations d’Afrique, comme ils avaient observé et classé les habitants de leur propre pays. Sur le continent noir comme chez eux, ils cataloguèrent les personnes avec un mélange d’excitation scientifique et d’étonnement parfois malsain. Les anthropologues inventèrent l’admiration criminelle et firent en Afrique des dégâts considérables, puisque leurs travaux imprégnèrent parfois si profondément les esprits, qu’ils servirent de justification à des génocides perpétrés au XXe siècle (1). La classification des populations et les hiérarchies qu’ils établirent entre elles furent ainsi utilisées par ceux qui organisèrent le massacre d’environ un million de personnes (2) - en majorité des Tutsis - au Rwanda en 1994.
Il y eut ces grands administrateurs coloniaux que l’Afrique « attrapa » et qui s’y immergèrent, se mêlant aux populations, apprenant les langues autochtones, étudiant les cultures et qui, par la suite, accueillirent avec joie les indépendances aux tournants des années 1950 et 1960. Représentant d’un système de domination et d’exploitation (la colonisation), ils n’en eurent pas moins le plus grand respect pour les populations locales envers lesquelles les guidaient souvent un sentiment profond de fraternité. Comme Andrée Dore-Audibert (3), ils jugent encore aujourd’hui que le bilan de leur action dans l’administration coloniale est bon. Mais, conséquents avec eux-mêmes, ils furent, comme elle, des militants des indépendances et se mirent d’ailleurs parfois aux services des nouveaux Etats qui manquaient souvent cruellement de cadres.
Il y eut les tiers-mondistes dans les années 1960 et 1970. Militants associatifs ou politiques, ils soutinrent eux aussi les indépendances, luttèrent dans leur propre pays contre les guerres coloniales, se bâtirent pour le développement et pour un nouvel ordre économique international (NOEI). Leurs héritiers revendiquent aujourd’hui l’annulation de la dette des pays du Sud, ce crime contre la justice, cette imbécilité économique (4), qui étrangle ces pays en proie à la maladie et à la misère.
Il y eut - et il y a - ces innombrables chercheurs de toutes les disciplines, sociologues, géographes ou économistes, qui se fondirent, temporairement ou radicalement, dans les coutumes et les modes de vie de l’Afrique subsaharienne. De l’ethnologue Marcel Griaule au sociologue Georges Balandier, leur rigueur intellectuelle et leur passion illustrent ce que la rencontre entre les civilisations peut produire de plus beau dans l’histoire humaine (5).
Il y eut - et il y a - les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le terrain dans de multiples projets de développement, et d’assistance économique, sanitaire et sociale. Un bilan de leur action reste à faire, notamment du rôle qu’elles jouent dans le « monde mondialisé » où tout est instrumenté.
Il y eut - et il y a - les « africanophiles » « antidéveloppementistes » qui pensent qu’il faut précisément sortir d’une logique d’aide qui ne serait que la perpétuation de la domination historique. Le soutien provient en effet toujours des mêmes. « La main qui reçoit l’aide est toujours en dessous de celle qui la donne » aime ainsi à rappeler l’économiste français Serge Latouche. L’assistance ne serait alors que le nouvel habit de l’arrogance occidentale qui invente les maladies et leurs remèdes, fait les questions et les réponses. Chaque peuple doit trouver la voie qui est la sienne dans l’histoire ; les peuples d’Afrique comme les autres.
Il y eut d’abord les explorateurs fascinés par une Afrique aux paysages extraordinaires et aux populations si « étrangères ». L’image de l’explorateur écossais Mongo Park se noyant dans le Niger ou celle du voyageur René Caillié, revenant rongé par de multiples maladies de sa recherche obsessionnelle de Tombouctou, illustrent cette quête insatiable, ambiguë, et parfois mortelle.
Il y eut les anthropologues qui, notamment au XIXe siècle, allèrent étudier les populations d’Afrique, comme ils avaient observé et classé les habitants de leur propre pays. Sur le continent noir comme chez eux, ils cataloguèrent les personnes avec un mélange d’excitation scientifique et d’étonnement parfois malsain. Les anthropologues inventèrent l’admiration criminelle et firent en Afrique des dégâts considérables, puisque leurs travaux imprégnèrent parfois si profondément les esprits, qu’ils servirent de justification à des génocides perpétrés au XXe siècle (1). La classification des populations et les hiérarchies qu’ils établirent entre elles furent ainsi utilisées par ceux qui organisèrent le massacre d’environ un million de personnes (2) - en majorité des Tutsis - au Rwanda en 1994.
Il y eut ces grands administrateurs coloniaux que l’Afrique « attrapa » et qui s’y immergèrent, se mêlant aux populations, apprenant les langues autochtones, étudiant les cultures et qui, par la suite, accueillirent avec joie les indépendances aux tournants des années 1950 et 1960. Représentant d’un système de domination et d’exploitation (la colonisation), ils n’en eurent pas moins le plus grand respect pour les populations locales envers lesquelles les guidaient souvent un sentiment profond de fraternité. Comme Andrée Dore-Audibert (3), ils jugent encore aujourd’hui que le bilan de leur action dans l’administration coloniale est bon. Mais, conséquents avec eux-mêmes, ils furent, comme elle, des militants des indépendances et se mirent d’ailleurs parfois aux services des nouveaux Etats qui manquaient souvent cruellement de cadres.
Il y eut les tiers-mondistes dans les années 1960 et 1970. Militants associatifs ou politiques, ils soutinrent eux aussi les indépendances, luttèrent dans leur propre pays contre les guerres coloniales, se bâtirent pour le développement et pour un nouvel ordre économique international (NOEI). Leurs héritiers revendiquent aujourd’hui l’annulation de la dette des pays du Sud, ce crime contre la justice, cette imbécilité économique (4), qui étrangle ces pays en proie à la maladie et à la misère.
Il y eut - et il y a - ces innombrables chercheurs de toutes les disciplines, sociologues, géographes ou économistes, qui se fondirent, temporairement ou radicalement, dans les coutumes et les modes de vie de l’Afrique subsaharienne. De l’ethnologue Marcel Griaule au sociologue Georges Balandier, leur rigueur intellectuelle et leur passion illustrent ce que la rencontre entre les civilisations peut produire de plus beau dans l’histoire humaine (5).
Il y eut - et il y a - les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le terrain dans de multiples projets de développement, et d’assistance économique, sanitaire et sociale. Un bilan de leur action reste à faire, notamment du rôle qu’elles jouent dans le « monde mondialisé » où tout est instrumenté.
Il y eut - et il y a - les « africanophiles » « antidéveloppementistes » qui pensent qu’il faut précisément sortir d’une logique d’aide qui ne serait que la perpétuation de la domination historique. Le soutien provient en effet toujours des mêmes. « La main qui reçoit l’aide est toujours en dessous de celle qui la donne » aime ainsi à rappeler l’économiste français Serge Latouche. L’assistance ne serait alors que le nouvel habit de l’arrogance occidentale qui invente les maladies et leurs remèdes, fait les questions et les réponses. Chaque peuple doit trouver la voie qui est la sienne dans l’histoire ; les peuples d’Afrique comme les autres.
13.1.04
Futuribles: Au fil des siècles l'on s’est déplacé du registre de l’inerte vers celui du vivant, du registre des outils, simple prolongement de l’action humaine, vers celui des mécanismes inhérents à la vie. « On a pu, en quelque trois décennies, isoler, modifier et breveter des gènes, transgresser des frontières établies depuis des milliers d’années entre les espèces et les gènes […]. En moins de 25 ans, nous sommes en effet devenus la première génération de l’histoire à concevoir des êtres en pièces détachées, parfois à des kilomètres et à des années de distance, sans se voir ni se toucher […]. Nous sommes également devenus les tout premiers, dans cette étrange lutte contre la montre et contre nous-mêmes, à manipuler le génome des embryons pour les juger, les jauger, les trier, certains envisageant même d’en corriger les défauts, voire d’en modifier certaines caractéristiques en vue d’améliorer, disent-ils, l’espèce humaine...Comme si tout, des plantes à l’embryon, en passant par les vaches ou l’intelligence, n’était plus que flux d’informations à déchiffrer qui, grâce au langage combiné du numéraire, de la génétique et de l’informatique, permettraient à certains de bricoler les espèces et de recoder le monde...
6.1.04
Futuribles Fort ancienne est l’inquiétude suscitée par le progrès des sciences et des techniques qui, depuis des siècles, ont amené maints philosophes à s’interroger sur l’accroissement continu de nos pouvoirs sans augmentation symétrique de notre sagesse. Célèbre est ainsi la formule de Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », à laquelle on se réfère souvent.
Ce hiatus n’a fait que grandir au fil du temps, sous l’influence de différents facteurs. D’abord, la dynamique de l’offre mue par ce que Jean-Jacques Salomon appelle « le complexe du délice technique », en d’autres termes, l’insatiable soif des savants de pousser leurs recherches toujours plus loin. Ou, comme il est écrit dans la charte de la Royal Society, de mettre tout en œuvre en vue du « perfectionnement de la connaissance des choses naturelles et de tous les arts utiles, manufactures, pratiques mécaniques, engins et inventions par expérimentation, sans se mêler de théologie, de métaphysique, de morale ou de politique »
Ce hiatus n’a fait que grandir au fil du temps, sous l’influence de différents facteurs. D’abord, la dynamique de l’offre mue par ce que Jean-Jacques Salomon appelle « le complexe du délice technique », en d’autres termes, l’insatiable soif des savants de pousser leurs recherches toujours plus loin. Ou, comme il est écrit dans la charte de la Royal Society, de mettre tout en œuvre en vue du « perfectionnement de la connaissance des choses naturelles et de tous les arts utiles, manufactures, pratiques mécaniques, engins et inventions par expérimentation, sans se mêler de théologie, de métaphysique, de morale ou de politique »
4.1.04
Science sociales « Le cadre de fonctionnement définit un ensemble de savoirs et de savoir-faire qui sont mobilisés ou mobilisables dans l'activité technique. » Le cadre d'usage concerne lui l'utilisation concrète d'un objet technique. Il peut être relié pour l'auteur à la valeur d'usage en économie. Pour éclairer à la fois ce qui relie et distingue cadre de fonctionnement et cadre d'usage, Patrice Flichy prend l'exemple de la machine à calculer dont le cadre de fonctionnement a évolué au moment du passage de l'électromécanique à l'électronique sans que le cadre d'usage s'en soit immédiatement trouvé modifié. Machines électromécaniques et premières calculatrices présentant des claviers analogues. Ce n'est que par la suite que l'électronique a permis une amélioration des performances telles que le cadre d'usage a finalement substantiellement évolué.
Science sociales pour « intégrer dans une même analyse technique et société, sans choisir un terme au détriment de l'autre (…) Il ne s'agit pas d'articuler seulement deux pôles : technique et société, mais de voir comment interfèrent de nombreux mondes sociaux, ceux des ingénieurs et des usagers, des industriels, des exploitants de services, des réparateurs, des commerçants, etc.»
Bilan des Empires Landes pense que le processus de sélection, qui rendit riches certains pays d'Europe et pauvres les autres, commença à l'époque des découvertes. " Ironiquement, les nations qui avaient tout mis en route, l'Espagne et le Portugal, finirent comme perdants ". Dès 1600, le Portugal était devenu un pays arriéré et pauvre.
A partir du XVe siècle, la Chine s'enferme dans l'isolationnisme Mais en terre d'Islam, " quelque chose a mal tourné " après 1100 ; la science, dénoncée par les zélotes religieux, s'immobilise. En Chine, à partir du XIIIe siècle, il y a blocage du progrès, " oubli et régression techniques ", qui s'expliquent par le caractère totalitaire de l'Etat chinois, lequel ignore le marché, les droits de propriété institutionnalisés, la liberté d'entreprise. A partir du XVe siècle, la Chine s'enferme dans l'isolationnisme et elle réduira au minimum les contacts avec les Européens, dont les Chinois posaient qu'ils n'avaient rien à apprendre.
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