20.8.11

Après la sélection artificielle qui avait dans les siècles précédents permis aux éleveurs de transformer laborieusement certaines espèces utilisées dans l'agriculture et l'élevage, est apparu le génie génétique proprement dit. Depuis une quinzaine d'années, c'est ce qu'on appelle aussi "la biologie synthétique", le secteur applique le remplacement de quelques gènes au sein du génome d'une espèce donnée afin de la doter de propriétés utilisables par l'homme.

18.8.11

Cinq tendances mondiales se déroulent dans l’espace mondial entre les Etats et les régions: la chute des Etats-Unis, le déclin de l’Occident, l’affaiblissement des Etats et le renforcement des régions, la hausse des pays sous-développés, et la croissance de la Chine.

Cinq tendances sociales se déploient dans l’espace social entre des groupes de personnes: le renforcement des nations, le renforcement de la société civile, la croissance de l’activité des jeunes, le rôle croissant des femmes, l’aggravation des inégalités et des émeutes. (Extrait du rapport du professeur Galtung au Symposium de Saint-Gall, mai 2011).

14.8.11

Au-delà des conséquences financières immédiates, M. Zoellick a estimé que cette crise allait provoquer des changements dans l'équilibre des pouvoirs dans le monde.

Toute cette crise est en train de transférer "très rapidement, du point de vue de l'histoire", le pouvoir économique de l'Occident vers la Chine, qui pourtant "ne tient pas à ce rôle".

Celle-ci a en effet ses propres soucis à gérer: éviter la surchauffe de son économie, mais aussi limiter la pollution, réformer son système fiscal et maintenir l'équilibre entre entreprises publiques et privées.

La Chine veut également améliorer la protection sociale de sa population, mais sans aller jusqu'au modèle européen, a-t-il ajouté. "Ils me disent... qu'il coûte trop cher."

12.8.11

L'« hyperpuissance » américaine n'en est plus une

En termes relatifs, comme en termes géopolitiques, l'Occident est en déclin. Il était le « maître du monde », il doit aujourd'hui composer avec d'autres « pôles » d'un monde devenu complexe. Même si le déploiement de troupes occidentales sur plusieurs continents fait encore illusion : pas pour longtemps…

Dans un livre bien vu, le commentateur américain Fareed Zakaria (éditorialiste à … Time ! ) avait décrit « the post-american world » (étrangement titré en français « L'Empire américain », éd. Saint-Simon), c'est-à-dire un monde dans lequel les Etats-Unis resteraient une puissance de premier plan, mais seraient contraints de composer avec les émergents. La réalité va au-delà de ce qu'il imaginait comme affaiblissement d'une Amérique qu'Hubert Védrine, l'ancien chef de la diplomatie française, n'oserait plus surnommer « hyperpuissance ».

Des grands pays qu'on devrait cesser d'appeler « le Sud »

Difficile de ne pas voir, dans la période actuelle, une redistribution des cartes à l'échelle globale, mettant fin de manière confuse, tendue, complexe, à une période finalement très brève d'hégémonie américaine dans la foulée de la chute du mur de Berlin (1989) et de la fin de l'URSS (1991, vingt ans déjà…), et de vaine tentative de décollage autonome de l'Europe enfin réunifiée.

Cette période d'accélération de la globalisation a au contraire permis l'émergence rapide, plus rapide que quiconque avait pu l'imaginer, des grands pays de ce qu'on devrait cesser d'appeler « le Sud » : la Chine, l'Inde, le Brésil, et quelques autres pesant moins lourd, auxquels s'est raccrochée la Russie et ses matières premières.

Cela ne produit pas un monde cohérent, mais au contraire un face à face ambigu et assez inefficace entre les puissants d'hier et qui croient l'être encore, et les grands de demain qui ne savent pas encore comment gérer leurs muscles nouvellement acquis.

22.7.11

Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, l'énergie primaire consommée par les 7 milliards d'habitants de notre planète repose pour 78 % sur l'utilisation des combustibles fossiles, pour 16 % sur celle des ressources renouvelables et pour 6 % sur les technologies nucléaires. Avec une population mondiale de 9 milliards d'habitants en 2050, nous devons donc impérativement réussir à réduire drastiquement l'utilisation des énergies fossiles, tant en proportion qu'en valeur absolue.

Mais quels que soient les efforts que le monde fera pour maîtriser ses besoins énergétiques en réduisant sa consommation à la source partout où cela est possible et en améliorant l'efficacité énergétique de nos systèmes industriels et économiques, il semble illusoire de penser que cette sobriété nouvelle suffira à elle seule, compte tenu de l'évolution démographique, à répondre à la soif mondiale d'énergie et à réduire de moitié nos émissions de CO2 d'ici 2050. Il faudra donc également développer de manière massive l'ensemble des énergies renouvelables existantes (vent, soleil, biomasse et hydraulique) ainsi que celles qui en sont encore à un stade quasi-expérimental mais recèlent un fort potentiel : énergie des mers et solaire spatial notamment. Mais ces énergies renouvelables ne parviendront pas à répondre à elles seules à l'immense soif d'énergie de l'humanité, notamment dans les vastes régions du monde qui connaissent un développement économique sans précédent.

Depuis la deuxième guerre mondiale, la consommation mondiale d'énergie et les émissions humaines de CO2 ont été multipliées par 8. Aujourd'hui le monde consomme 12 gigatonnes d'équivalent-pétrole et émet 8 gigatonnes de carbone par an et chaque terrien consomme en moyenne 1,6 tonnes équivalent-pétrole et émet plus d'une tonne de CO2 chaque année !

En supposant que la demande mondiale d'énergie continue à croître au rythme actuel de 2 %, hypothèse plutôt prudente, l'humanité consommera au moins 30 Gigateps d'énergie en 2050 et en admettant que l'humanité parvienne à stabiliser à son niveau actuel ses émissions de carbone par habitant, celles-ci atteindraient tout de même 15 gigatonnes par an en 2050, sous le simple effet de l'évolution démographique mondiale (il y aura au moins 9 milliards d'habitants en 2050 selon les dernières prévisions de l'ONU).

21.7.11

 “La convergence NBIC a été employée la première fois par un rapport envoyé à la NSF américaine (l’équivalent de notre CNRS) intitulé La convergence des technologies pour l’amélioration des performances humaines (.pdf) et signé Mihail C. Roco et William Sims Bainbridge. Il s’agissait de faire le point sur un ensemble de technologies (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives) qui allaient changer la nature humaine.” Le rapport ! n’est pas sorti de rien, estime Rémi Sussan. Il est la conséquence d’idées qui datent au moins des années 70 et qui ont été le fruit de divers mouvements underground allant des communautés cyber aux transhumanistes qui ont cherché à dépasser les limites humaines comme la mort ou l’intelligence…

L’acronyme NBIC désigne 4 technologies. La nanotechnologie est la technologie qui permet de travailler au niveau moléculaire. La biotechnologie correspond à l’ensemble des sciences du vivant. Les sciences de l’information désignent la science informatique. La cognition correspond aux sciences du cerveau, qui vont de la psychologie aux neurosciences jusqu’à l’intelligence artificielle.“C’est à la fois l’outil et le but de cette transformation technologique. Le but de l’amélioration n’est pas tant de créer un super sportif que de modifier nos capacités cérébrales.”

Pourquoi rassemble-t-on ces technologies et parle-t-on de convergence ? Quel est le rapport entre ces technologies ? “Pour Benbridge, l’un des auteurs du rapport, la convergence est celle de l’échelle : tout se termine (ou commence) au niveau moléculaire. Pour ma part, je pense que ce sont plutôt les sciences de l’information qui font tenir l’ensemble. On est passé de la convergence mathématique de Newton (on a tenté de comprendre le monde par les équations, mais cela n’a pas marché pour tout, comme l’ont montré les sciences humaines), à un nouveau domaine qui tente de définir le monde sous la forme d’un programme informatique. Pour ma part, je préférerais parler de IBNC, car il me semble bien que c’est l’informatique qui domine l’ensemble et la cognition le but ultime. Il s’agit donc de passer de la pen! sée mathématique à la pensée informaticienne !”

22.6.11

Evaluation des risques menaçant plus particulièrement l'Europe

Ces risques découlent des précédents. Mais certains sont inhérents à l'histoire ou à l'organisation de l'ensemble pan-européen. 

* Le risque démographique: baisse de la natalité, vieillissement. L'appel à l'immigration ne permettra pas de résoudre les insuffisances de population active prévisibles. Des mesures de redressement de la natalité s'imposeraient donc sans attendre. 
* L'insuffisance marquée de la plupart des matières premières énergétiques et industrielles jugées stratégiques. 
* La perte progressive, par manque d'investissement et par délocalisation hors d'Europe, du potentiel scientifique, technologique et industriel ayant fait jusqu'à présent la puissance de l'Europe. Il en résulte un chômage de moins en moins supportable par les structures de l'Etat providence.
* Le maintien sinon la croissance des inégalités sociales et géographiques. Le sous-investissement dans les banlieues affecte toutes les villes européennes. Les transferts de ressources des pays européens riches vers les pays plus pauvres semblent bloqués. 
* La tentation qu'éprouve, face à ces difficultés comme face à la crise, chaque Etat ou ensemble régional à se replier sur lui-même, au détriment de l'idéal européen. Ceci peut se traduire à l'extrême par un retour des nationalismes de type populiste. 
* La perte d'influence des valeurs dont l'Europe était jusqu'à ces derniers temps le berceau: droits de l'homme, égalité entre les sexes, laïcité, démocratie politique et contre-pouvoirs, Etat régulateur et Etat-providence. 
* L'abandon systématique des efforts de défense. * D'une façon générale, l'absence d'une coordination politique suffisante. L'Union européenne, face aux grands empires, se présente comme un ectoplasme politique. 
* La géopolitique du crime organisé et de l'illicite (Europe)

Evaluation des risques menaçant le monde global

L'Europe n'échappera évidemment pas à ces risques. Elle devra mettre en oeuvre pour les prévenir, dans son propre intérêt comme dans celui du reste du monde, des politiques aussi efficaces que possible. 

* Le changement climatique et ses conséquences: désertification, inondations, phénomènes météorologiques violents...D'une façon générale, les scientifiques prévoient pour 2050 et au-delà une montée du niveau des mers et un déplacement vers les pôles (notamment l'arctique) des régions tropicales et tempérées.
* L'effondrement, au détriment de beaucoup d'espèces déjà menacées, de la biodiversité terrestre et océanique.
* La possibilité d'une croissance démographique mondiale supérieure aux plafonds actuellement estimés. La demande en produits alimentaires pourrait alors dépasser les prévisions actuelles. 
* L'épuisement progressif de certaines ressources vitales: eau, terres arables, air non pollué, matières premières rares. 
* Les catastrophes de type technologique, pouvant survenir partout y compris dans les pays développés. Avec l'accident de Fukushima au Japon, l'exemple du nucléaire de fission est aujourd'hui présent dans tous les esprits. Mais on doit évoquer aussi certains risques tenant notamment aux biotechnologies. 
* Le maintien ou le développement, au niveau mondial, des inégalités de niveau de vie et d'éducation entre pays pauvres et pays riches. Il en résulte une dégradation croissante des services publics et des équipements dans de nombreux pays. Différentes tensions, pouvant prendre des formes violentes, en découleront nécessairement. 
* La faiblesse persistante des institutions internationales, au moment où la mondialisation des dangers demanderait une grande efficacité des organisations destinées à les combattre. 
* La géopolitique du crime organisé et de l'illicite (monde)

13.5.11

Va-t-il falloir revoir à la hausse les prévisions démographiques qui tablent sur un pic de la population mondiale autour de 9 milliards d’individus, en 2050, avant sa stabilisation. Peut-être, si l'on en croit le dernier rapport de l'ONU qui prévoit une poursuite de la hausse : la planète, qui devrait passer le cap des 7 milliards de personnes le 31 octobre, comptera 9,3 milliards d’individus en 2050 et 10,1 milliards en 2100. Les causes de cette hausse ? Un taux de fertilité qui ne décroît pas dans les pays pauvres et qui augmente même dans plusieurs pays riches, comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, alors que dans le même temps, les avancées médicales et l’amélioration du niveau de vie permettent aux gens de vivre plus longtemps.

Un bonne part de la hausse de la démographie est attendue dans les “pays à fertilité élevée”, en particulier en Afrique, où la population pourrait tripler en un siècle et passer de 1 milliard aujourd’hui à 3,6 milliards en 2100. L’Amérique du Nord devrait elle aussi voir sa population croître, de 344,5 à 526,4 millions. L’Europe, en revanche, est bien partie pour suivre la courbe inverse, et atteindre 675 millions d’individus en 2100 alors qu’elle en compte actuellement 738 millions. En France, la fertilité supérieure à la moyenne européenne devrait nous émanciper des tendances du continent, avec une augmentation de 30 % au cours du siècle (de 62,8 à 80,3 millions).

 

8.5.11

Si on définit le sujet humain comme un être vivant capable de dire « je », autrement dit d’occuper une position qui le met au centre de son monde, il s’avère que chacun de nous porte en lui un principe d’exclusion (personne ne peut dire «  je » à ma place). Ce principe agit comme un logiciel d’auto-affirmation égocentrique, qui donne priorité à soi sur toute autre personne ou considération et favorise les égoïsmes. Dans le même temps, le sujet porte en lui un principe d’inclusion qui nous donne la possibilité de nous inclure dans une relation avec autrui, avec les « nôtres » (famille, amis, patrie) et qui apparaît dès la naissance où l’enfant ressent un besoin vital d’attachement. Ce principe est un quasi logiciel d’intégration dans un « nous » et il subordonne le sujet, parfois jusqu’au sacrifice de sa vie. L’être humain est caractérisé par ce double principe, un quasi double logiciel : l’un pousse à l’égocentrisme, à sacrifier les autres à soi ; l’autre pousse à l’altruisme, à l’amitié, à l’amour... Tout, dans notre civilisation, tend à favoriser le logiciel égocentrique. Le logiciel altruiste et solidaire est partout présent, mais inhibé et dormant. Il peut se réveiller. C’est donc ce logiciel qui doit être stimulé.

7.5.11

Si nos esprits restent dominés par une façon mutilée et abstraite de connaître, par l’incapacité de saisir les réalités dans leur complexité et dans leur globalité, si la pensée philosophique, au lieu d’affronter le monde, demeure enfermée dans des préciosités moliéresques, alors paradoxalement notre intelligence nous aveugle. Notre mode de connaissance parcellarisé produit des ignorances globales. Notre mode de pensée mutilé conduit à des actions mutilantes. Seule une pensée apte à saisir la complexité, non seulement de nos vies, de nos destins, de la relation individu/société/espèce, mais aussi de l’ère planétaire, peut tenter le diagnostic de la course actuelle de la planète vers l’abîme et définir les réformes vitalement nécessaires pour changer de voie. Seule une pensée complexe peut nous nous armer pour préparer la métamorphose à la fois sociale, individuelle et anthropologique.

Le vaisseau spatial Terre, continue à toute vitesse sa course dans un processus à trois visages : mondialisation, occidentalisation, développement, constate Edgar Morin dans ce nouveau livre. Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité. 

13.4.11

1. Les contraintes majeures auxquelles l'humanité sera confrontée 
dans le présent siècle

Il faut examiner l'avenir du nucléaire et plus généralement de toutes les technologies aujourd'hui émergentes en tenant compte des contraintes majeures auxquelles, du fait de leur propre évolution, les sociétés anthropotechniques (ou si l'on préfère parler plus simplement, l'humanité mondiale) seront confrontées dans les 50 à 100 prochaines années. 
Il s'agit là de thèmes de prospective et de débats qui font par ailleurs l'objet de nombreuses discussions entre experts et scientifiques. Malgré de fréquentes divergences d'approches, de grandes lignes paraissent pouvoir en être dégagées. On doit impérativement en tenir compte dans la réflexion engagée ici. Peut-on les résumer en quelques mots ? 
Le pronostic que vient de The World in 2050, ouvrage de Laurence Smithproposer le géographe et spécialiste en sciences de la Terre Laurence Smith dans un livre récent «The World in 2050»(3), nous paraît recevable. Certains diront même qu'il est banal, le constat ayant déjà été fait par de nombreux prospectivistes(4). Encore faut-il méditer ce qu'il implique.

Selon cet auteur, d'ici 2050, horizon auquel il limite sa prospection, l'humanité comme avec elle le monde biologique terrestre et maritime affronteront quatre grands phénomènes irrévocables dont chacun mériterait à lui seul de longs développements : 

La croissance démographique


Contrairement à ce qu'en disent les théoriciens de la «transition démographique» le développement démographique humain paraît loin d'être maîtrisé sur la période. Selon les pays, il se traduira par des natalités excessives mais aussi par des vieillissements inquiétants. L'augmentation de la population contribue en premier lieu à la raréfaction des ressources naturelles (voir ci-dessous). On explique qu'en mutualisant les ressources, notamment alimentaires, l'humanité pourrait faire face à cet accroissement. Mais cette mutualisation ne sera pas facilement acceptée par les bénéficiaires actuels des surplus. 

Une raréfaction croissante des ressources naturelles


Cette raréfaction ira jusqu'à la disparition de nombre de ressources naturelles, notamment dans le domaine biologique. La mise au point de nouveaux procédés (y compris la récupération) et de nouveaux produits ne pourra pas pallier les manques, du fait des coûts et délais impliqués, mais aussi parce que les nouveaux produits sont eux-mêmes consommateurs de ressources en voie de raréfaction.

Les conséquences généralement perturbatrices du réchauffement climatique, 
quelles qu'en soient les causes


Ce point n'est plus discuté par les scientifiques sérieux. Il entraînera une remontée vers les pôles des températures moyennes et de nombreux phénomènes catastrophiques météorologiques et climatologiques. Plus vite peut-être qu'actuellement envisagée se manifestera aussi la montée du niveau des eaux maritimes imposant l'exode d'activités urbaines et industrielles parmi les plus productives du monde.

Le phénomène général de la mondialisation

Ce terme recouvre quantités de phénomènes dont certains peuvent être considérés comme positifs mais d'autres dangereux. On met à l'actif de la mondialisation la diminution du coût de certains biens de consommation due à la concurrence entre producteurs. Les niveaux de vie de nombreuses populations pauvres en ont bénéficié. Mais le processus a son aspect négatif. La diffusion des modèles de consommation propres aux classes riches des pays riches à travers la publicité commerciale sur les réseaux numériques conduit à une explosion globale des besoins exprimés, que les ressources mondiales actuellement disponibles ne permettront pas de satisfaire. Nul ne peut envisager sérieusement que chaque habitant de l'Asie ou de l'Afrique puisse disposer par exemple d'une automobile, comme la majorité en Europe ou en Amérique. La mondialisation telle qu'elle s'organise dans le cadre du capitalisme et du libéralisme économique conduit plus généralement à la domination de modèles de consommation et de modèles de société qui sont à l'opposé des modes de vie plus associatifs, plus mutualistes et orientés vers de nouvelles valeurs encore à inventer.

3.4.11


Les sciences de de la complexité ont le vent en poupe, notamment chez les adeptes des nouvelles technologies. La question est toutefois : servent-elles à quelque chose ? En clair, peuvent-elles prédire ? Ou sont-elles condamnées à produire des analogies et des graphismes, certes impressionnants, mais dont la valeur heuristique est nulle ou presque ?

La recherche d’applications pratiques… c’est ce Graal que les chercheurs du domaine traquent activement. On l’a vu dans un récent article où Dirck Helbing tentait de simuler le monde.
Un autre scientifique dont le nom est revenu à plusieurs reprises ces derniers temps est celui de Yaneer Bar-Yam, président de l’Institut pour les systèmes complexes de Nouvelle-Angleterre (Necsi). Il s’efforce de comprendre comment les systèmes complexes se manifestent dans les différents domaines de la connaissance : écologie, économie, politique… Il s’attaque ainsi à la question des crises économiques, nous apprend un récent article de Wired.
Bar-Yam affirme ainsi avoir repéré, dans la masse de données des fluctuations des marchés, un indicateur fondamental annonciateur des crashes.Il s’agit d’un comportement des marchés qui se caractérise par une tendance croissante à l’imitation de la part des acteurs. En général, les ventes et les achats s’équilibrent : environ 50% des actions augmentent quand 50% baissent. Lorsqu’un crash approche, le “co-mouvement” s’accroît. Autrement dit, un des deux mouvements dépasse significativement la barre des 50%.
Certes, a priori cette constatation n’a rien de novateur. Les économistes ont remarqué depuis belle lurette que les comportements massifs incontrôlables à l’origine d’une “bulle” ou au contraire d’une “panique” annoncent souvent des crises. Mais il existe des différences entre les travaux de Bar-Yam et cette vision commune. D’abord, pour ce chercheur, cette tendance s’inscrit dans le long terme, et n’intervient pas quelques jours voire quelques mois avant le “crash”. Ainsi, avant la crise de 2008, le “co-mouvement” n’a cessé d’augmenter de manière régulière pendant plus de quatre ans. Il ne s’agit donc pas d’une situation où les marchés rentrent dans une phase de panique rapide due à un réflexe collectif. Dans l’illustration ci-dessous, la courbe du haut montre le développement des “co-mouvements”. Plus le niveau est bas, plus la tendance à l’imitation est importante. On le voit, c’est un comportement qui va en s’accroissant dès 2003.
panic crash
De plus, la cause de ce comportement d’imitation n’est pas exogène, autrement dit créée par des évènements extérieurs. Le phénomène est, au contraire, endogène, intrinsèque au mouvement des marchés. Pour l’équipe de Bar-Yam, il s’agit bien d’un effet de “panique”, mais d’une panique “auto-induite”, qui ne dépend pas directement des évènements extérieurs ou même des “bulles” spéculatives, quoique ces éléments puissent, bien entendu, jouer un rôle d’amplificateur dans le déclenchement de la crise. Par exemple, à propos du mini-crash du 17 septembre 2001 (le premier jour de bourse après les attentats du World Trade Center) Bar-Yam et ses collègues remarquaient dans leur papier publié sur arXiv que leurs recherches tendaient “à confirmer que cet événement n’était pas seulement une réaction au 11 septembre, mais qu’il était largement dépendant de la dynamique du marché”.
Cette capacité à créer de la nouveauté sans avoir à recevoir d’information du monde extérieur semble bien une caractéristique fondamentale des systèmes complexes. Avant ce travail sur l’économie, Bar-Yam avait publié en 2009 un article sur la biologie qui aboutissait à des conclusions assez similaires. Selon lui, l’évolution des espèces était susceptible de se produire au sein d’une population de manière purement intrinsèque, par l’unique jeu des combinaisons génétiques et des mutations aléatoires. Autrement dit, pas besoin d’invoquer la nécessité pour les espèces de s’adapter à un environnement qui deviendrait l’arbitre des mutations, comme le suggère la théorie classique de la sélection naturelle. On ne peut que comparer cette nouvelle vision de l’évolution à celle des marchés évoluant spontanément vers des “catastrophes” indépendamment du monde extérieur ou presque.
L’article de Wired souligne que les travaux de Bar Yam appartiennent à une nouvelle branche qu’on appelle “l’éconophysique”, autrement dit l’application au domaine social des comportements observés dans le monde matériel. Dans le cas des crises économiques, il s’agirait d’un processus nommé “transition de phase”, comme la transformation de l’eau en glace ou, au contraire, en vapeur. Dans les transitions de phase, un processus lent, presque invisible se précipite brusquement pour changer l’état du système. On a alors l’impression que la transformation s’effectue “par surprise”. Cela dit, le terme éconophysique est peut-être récent, mais l’étude de ces phases de transition est une caractéristique connue des systèmes complexes depuis longtemps. On appelle cela la “criticalité auto-organisée” et ce concept est au coeur du domaine depuis plus de deux décennies.
Les théories de la complexité ont largement inspiré Nassim Nicholas Taleb qui en raconte les effets dans son fameux livre Le Cygne Noir (aucune relation avec Nathalie Portman). Taleb utilise les théories de la complexité pour moquer les économistes qui évaluent les risques en termes “gaussiens”, en traçant une courbe, une “moyenne” où les évènements les plus extrêmes sont également les moins probables. Au contraire, dans une vision “complexe” de l’économie ou de la société, les “catastrophes”, les “cygnes noirs” (qui peuvent d’ailleurs aussi être positifs, comme le montrent les révolutions récentes dans le monde arabe) ont toutes les chances de se produire, et bien plus vite qu’on ne le pense.
Les théories de Bar Yam ne sont donc pas révolutionnaires, mais constituent plus probablement un clou supplémentaire dans le cercueil de l’économie classique. Cette recherche présente également l’intérêt de reposer sur un calcul assez simple (enfin, assez simple pour des mathématiciens), impliquant un paramètre unique. Elle propose un moyen d’explorer et d’anticiper l’arrivée de ces “catastrophes”, et pourrait donc, si elle est confirmée, avoir des conséquences pratiques. Elle permettrait, sinon de prévoir l’imprévisible, du moins de s’y préparer intelligemment…

11.3.11

Kelly ne nie pas le consumérisme qui est parfois à l’oeuvre dans la création de nouveaux outils, et une possible addiction à l’innovation. Mais, reprend-il, quand nous créons une nouvelle technologie, il y a accroissement des choix, des possibilités et des différences. Et c’est bon. Parce le génie a besoin d’outils propres pour s’exprimer. Mozart avait besoin des technologies du piano et du clavecin pour découvrir et développer son génie musical. Imaginez si Mozart était né 2 000 ans avant l’invention du piano et de la symphonie. Et Kelly de répéter le même raisonnement avec Van Gogh et Georges Lucas.

[...] Ce dont il s’agit, ce n’est pas simplement l’invention de la nouveauté. Quand nous créons des technologies, nous participons en fait à quelque chose qui nous dépasse. Nous déployons les mêmes forces que celles qui font la vie, nous accélérons l’évolution vers l’avenir et nous augmentons les possibilités pour nous, nos enfants, et le monde en général. C’est “ce que veut la technologie”.

http://www.internetactu.net/2011/03/07/lequilibre-positif-de-la-technologie/

Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, le technium suit les mêmes modèles que ceux que Darwin a identifiés pour la vie : à savoir “l’évolution” [...].

De la même manière qu’on observe au long de l’évolution de la vie une complexité croissante, une diversité croissante et une spécialisation croissante, [...] la technologie sera dans l’avenir plus complexe, plus diverse et plus spécialisée.

Cette conception de la technologie a un versant sombre [...]. Chaque nouvelle invention apporte autant de solutions qu’elle créé de problèmes. [...] De là on pourrait conclure que le technium est neutre. Mais ça n’est pas si simple, ajoute Kelly. Quand nous avons inventé un nouvel outil, mettons le marteau, nous avons en même temps créé un nouveau choix : s’en servir pour détruire, ou pour créer, pour tuer quelqu’un, ou pour construire une maison. Cette décision était une option, une chance, une possibilité, que nous n’avions pas avant que cette invention n’existe.

Avant Darwin, explique Kevin Kelly, l’étude de l’histoire naturelle se résumait à une collection infinie de spécimens disposés dans des boites en verre. Il n’y avait aucun schéma organisateur pour y mettre de la vie. Darwin, avec la théorie de l’évolution, a apporté une logique à ce défilé d’organismes.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation semblable avec la technologie, poursuit Kevin Kelly. Alors même que nous sommes entourés de millions d’inventions, aucune théorie ne nous permet de les comprendre. Nous avons tendance à considérer notre monde technologique comme une suite infinie de nouveautés, sans y voir aucun ordre.

Mon but, dit Kelly, est de proposer une théorie relative à la technologie, un cadre qui donne une logique et un contexte à ce défilé d’innovations. Mais, pour commencer, précise Kelly, je dois dire que j’ai une vision assez particulière de ce qu’est la technologie. Beaucoup ont tendance à penser que la technologie, ce sont des trucs qui ont été inventés après notre naissance, ou qui ne fonctionnent pas encore. Bref que c’est nouveau.

Or, insiste Kelly, la technologie inclut des inventions anciennes, comme les montres ou les leviers, et du matériel qui fonctionne très bien, comme le béton et les briques. La grande majorité des technologies ont été inventées bien avant notre naissance. A ces choses matérielles, il faut ajouter ce qui est intangible : le calendrier, les principes de la comptabilité, les lois, les logiciels. Mais aussi l’organisation sociale, les villes. La technologie, c’est tout cela.

Plus important, ajoute Kelly, la somme de ces technologies forme un tout qui interagit un peu à la manière d’un écosystème. Ce super système d’inventions interdépendantes, je l’appelle “technium”. Comme la vie elle-même, ce système dans son ensemble n’a pas le même comportement que chacune de ses parties. De la même manière qu’il n’y a rien de la ruche dans une seule abeille, le comportement du technium n’est pas visible dans un iPhone, un couteau ou un réfrigérateur. C’est dans le système dans son ensemble que l’on peut ressentir la vraie influence de la technologie.

8.3.11

Dans La Fin de l'homme, Fukuyama exprime ses inquiétudes face aux progrès des biotechnologies et en particulier de leurs applications possibles sur l'être humain. Parce qu'elles seront capables de transformer l'homme à un degré insoupçonné jusqu'alors, elles risquent d'avoir des conséquences extrêmement graves sur le système politique. Il est un ennemi acharné du transhumanisme, mouvement appelant de ses voeux de nombreuses évolutions technologiques afin de modifier l'humain et la société, notamment dans le domaine des biotechnologies.