18.2.12

Dans les années 1990, un grand projet – « Génome humain » – fut lancé dont le but était d’aboutir à une cartographie génétique complète de l’ADN. Des équipes se lancèrent dans la course, notamment un consortium public international qui entra en compétition avec la société privée Celera Genomics, dirigée par Craig Venter. Le 12 février 2001, C. Vender annonça avoir atteint le but. L’annonce du séquençage complet du génome humain fit les titres de la presse mondiale. Mais cette grande découverte était accompagnée d’une aussi grande surprise : le nombre de gènes humains était beaucoup plus réduit qu’on l’avait envisagé : 23 000 gènes seulement, soit quatre fois moins que ce que l’on avait imaginé. 23 000 : pour fixer les idées, c’est le nombre de mots contenus dans 40 pages de la revue que vous tenez entre les mains. Comment penser qu’un programme aussi complexe que la fabrication d’un être humain – yeux, oreilles, mains, système digestif, les centaines d’espèces de cellules différentes… – puisse tenir sur un aussi petit nombre de gènes ! L’étonnement toucha son comble quand on apprit que le nombre de gènes chez l’être humain est inférieur de moitié à celui du riz : 23 000 contre 50 000 gènes pour le riz ! Il y avait manifestement un problème.

En fait, depuis quelques années déjà, les généticiens avaient pris conscience que le séquençage du génome n’ouvrait pas la voie au décodage du « programme génétique ». Pour la raison simple que ce dernier était un leurre 

Des papas-poules, des machos, des coquets, des baraqués, des tendres, des durs... Il semblerait que les hommes n’échappent pas aux grands chambardements en cours dans la construction des identités sexuelles.

Nous avons tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, 
hormonale, sociale et psychologique. La plupart du temps, 
celles-ci coïncident. Mais il arrive parfois qu’elles ne convergent pas, 
révélant ainsi des identités ambiguës ou hybrides.

 

Je ne suis ni transsexuel ni hermaphrodite ni androgyne. Non, je suis un type ordinaire : sexe mâle, genre masculin, pratique hétéro. Et pourtant j’ai cinq sexes ! Oui : cinq. Vous aussi d’ailleurs. Nous avons tous cinq sexes. Nous possédons un sexe génétique (XX ou XY), un sexe anatomique (pénis ou vagin), un sexe hormonal (testostérone ou progestérone), un sexe social ou « genre » (homme ou femme) et un sexe psychologique (masculin ou féminin). Comme, en général, ces sexes coïncident et se superposent, nous ne nous rendons pas compte de cette diversité, nous avons l’impression de n’en avoir qu’un seul.

Mais quand on examine comment se construit l’identité sexuelle par étapes successives et que se produisent au passage certaines anomalies ou étrangetés, on découvre alors que la construction des sexes n’est pas un destin aussi figé qu’on le croit. 

Claude Lévi Strauss expliquait que tous les hommes étaient confrontés aux mêmes défis et que chacun , par la culture avant qu'elle ne se fige en civilisation , apportait ses réponses évidemment imparfaites, à la mort en particulier.

La conséquence nécessaire du principe de Schumpeter en démocratie est qu'il appartient au gouvernement à la fois d'autoriser la destruction de l'appareil de production désuet et, dans le même temps, d'aider personnellement les hommes affectés par cette destruction. Dans le capitalisme Schumpetérien, l'Etat aide les hommes, pas les entreprises : le soutien à l'économie du marché est tout le contraire du sauvetage des entreprises en difficulté.

Economiste autrichien, réfugié aux Etats-Unis à partir de 1932 et Professeur à Harvard, Schumpeter a laissé auprès de ses biographes et disciples le souvenir d'un séducteur mais avant tout, d’une forte expression qui résume son oeuvre : "la destruction créatrice".

Le progrès en régime capitaliste, démontra-t-il, exige que l'ancien sans cesse fasse place au nouveau. Contrairement à Marx et à Keynes, il estimait que les crises étaient inhérentes au développement économique : c'est grâce aux crises et en période de crise, écrivait-il, que l'innovation se manifeste. 

17.2.12

 La théorie de l’évolution doit faire sa révolution – Passeur de sciences

Directeur de recherches au CNRS et « patron » dulaboratoire Evolution et diversité biologique à Toulouse, Etienne Danchin (en photo ci-contre) a lancé, avec quelques collègues, un appel à révolutionner la théorie de l'évolution dans un article publié en juillet 2011 parNature Reviews Genetics. Ces chercheurs demandaient à ce que soit dépassé le cadre "tout génétique" dans lequel est enfermée l'évolution. Dans un entretien donné à Passeur de sciences, il revient sur cet appel et explique s'il faut oui ou non couper la tête du roi ADN...

Dans cet article de Nature Reviews Genetics, vous avez secoué le cocotier du monde de l'évolution en disant qu'il devait faire sa révolution. Pourquoi ?
Parce qu'il y a urgence à sortir du cadre dans lequel on s'est enfermé. Ces cadres, on en a besoin, il faut les construire, mais il arrive un moment où il faut aussi les dépasser et c'est souvent le travail des scientifiques que d'aller au-delà de leurs référentiels habituels. Je fais souvent la comparaison avec l'astrophysique. Quand Einstein a proposé la théorie de la relativité pour décrire la gravité, il n'a pas dit que Newton avait tort : il a dit que Newton ne décrivait qu'un cas particulier et que la relativité expliquait des phénomènes qu'on ne pouvait pas expliquer auparavant, comme certaines « anomalies » de la trajectoire de Mercure autour du Soleil. Avec mes co-auteurs (dont deux travaillent dans mon laboratoire), nous disons la même chose pour l'évolution. Nous avons aujourd'hui un magnifique cadre conçu dans les années 1930 et 1950, appelé la synthèse moderne, qui marie la génétique et la sélection darwinienne. Le seul problème, c'est qu'on en est venu à tout interpréter sous le seul angle de la génétique. Aujourd'hui, quand on pense évolution et héritabilité, on ne pense que transmission des différences par la voie génétique. Point barre. J'appelle ce réductionnisme le « génocentrisme » ou le « tout génétique ». Cependant, l'évolution n'emprunte pas la seule voie de l'ADN. Il existe d'autres formes d’hérédité qu’il est urgent d’intégrer dans une théorie de l’évolution plus générale.

Quelles sont ces autres formes ?
En plus de la génétique, on en distingue trois : l’hérédité épigénétique, culturelle et environnementale. L'épigénétique concerne des variations d'expression des gènes dont certaines sont transmises de génération en génération. Un exemple est celui des souris où, après la naissance, les femelles soignent intensément leurs petits. Si l'on empêche expérimentalement une femelle de le faire, on constate que leurs filles vont elles-mêmes, quand elles seront adultes, peu soigner leurs petits. Du coup, les variations d’intensité du comportement maternel sont transmises de mère en fille en l'absence de variation génétique. Ce phénomène bien connu résulte de l’enchaînement d’une étape comportementale et d’une étape épigénétique : les faibles soins maternels entraînent un changement d'expression de certains gènes dans le cerveau des filles, en particulier des gènes liés à la réception des œstrogènes, des hormones sexuelles impliquées dans la mise en place des comportements de soins aux jeunes. Si bien que lorsque ces femelles seront adultes, ces gènes-là s'exprimeront très peu. Elles seront alors quasiment insensibles à leurs propres hormones, ne seront pas « manipulées » par leurs  œstrogènes et ne deviendront donc pas des mères s'occupant bien de leurs petits. A chaque génération, ce changement épigénétique va se reproduire.

Quid de la culture animale, qui semble un concept étonnant ?
C'est la partie de la variation qui est transmise de génération en génération par apprentissage social : je me comporte de telle manière parce que mes parents et mon entourage se comportent ainsi ; si je change de milieu, il se peut que je ne sois plus adapté parce qu'on s'y comporte différemment. Je prends toujours un exemple très simple, celui de la Russie, où les amis s'embrassent sur les lèvres. Si un Russe arrive en France et continue à se comporter de la sorte, il est clair qu’il va avoir des problèmes... La voie culturelle est un univers à part entière, qui, contrairement à une idée reçue, ne concerne pas que l'humain. Elle crée une véritable niche culturelle à laquelle il est préférable d’être adapté pour pouvoir se reproduire. Aujourd'hui, on commence à voir de la culture chez les chimpanzés, les orangs-outangs mais aussi chez des oiseaux, des poissons et même chez la mouche drosophile, un animal dont le cerveau représente le centième, voire le millième d'une tête d'épingle !

Reste la voie de l'environnement...
Imaginons des oiseaux vivant dans un milieu où il y a des territoires favorables et défavorables. Il est évident que si, pour une raison X, mon père a réussi à acquérir le territoire favorable, je vais bien m'y développer. Je serai donc très compétitif, je pourrai acquérir à mon tour un territoire favorable voire, plus simplement, hériter celui de mes parents. Si on fait « bêtement » une analyse des lignées génétiques d'individus associés à ce milieu, on pensera que les différences génétiques entre ces lignées sont responsables du fait qu’ils vivent dans des milieux de qualité différente alors qu’historiquement c'est le pur résultat d'un aléa : le premier mâle a peut-être acquis un bon territoire par chance et, du fait de l’hérédité territoriale, le développement des caractéristiques physiques de tous les individus de la lignée en sera influencé. Ils seront bien nourris, en bonne santé et compétitifs. Dans une autre lignée, les oiseaux seront timides, en moins bonne santé, peut-être plus rapides à la course, sauront se cacher, etc. Tout se passe comme si les différences d’aspect étaient dues à des différences génétiques, mais ce n'est pas le cas.

Ceci dit, le message fondamental, c'est que l'hérédité résulte de l'interaction complexe entre ces processus. En se focalisant sur la composante génétique, on risque de manquer toute la richesse des processus d'hérédité, et donc d’évolution, et les équations décrivant les dynamiques évolutives sont alors par trop réductrices, ne décrivant que des cas très simples et trop particuliers.

Dans la bataille des cœurs et des esprits dans le monde entier, l'identité de l'Amérique comme la première démocratie du monde sera un grand atout. Mais la capacité de la Chine à capitaliser sur le ressentiment généralisé des siècles de domination occidentale ne devrait pas être sous-estimée.

 

Les guerres du XXIe siècle pourraient bien utiliser des implants ou des prothèses directement insérés dans le corps pour commander des engins à distance, et aura recours à de nouveaux médicaments pour améliorer les comportements des soldats au combat. Ce qui ne va pas sans poser de sérieuses questions d’éthique.

Ce que l’on appelle “civilisation”, c’est l’ensemble de ce qu’un peuple crée, entretient et transmet par l’éducation dans tous les domaines de la culture, son patrimoine social, technique, religieux, intellectuel, artistique. Il y a donc eu, et il y a, une grande diversité de civilisations dans l’histoire humaine. Et, dans cette histoire complexe, il s’est toujours trouvé une civilisation particulière qui identifie LA civilisation avec la sienne, et qualifie ainsi de “barbares” toutes les autres, au regard de la conviction d’être les plus “civilisés”.

Massacre de la Saint-Barthelemy (1572) par François Dubois, Musée de Lausanne, (Domaine public)

Les Grecs antiques se sont attribués ce titre, puis les Romains, puis les chrétiens par exemple, les musulmans, puis derechef les chrétiens à partir de la Renaissance. Partout sur le globe, en Asie comme en Afrique, en Europe comme dans les Amériques, les peuples en se différenciant comme c’est le propre de tous les humains, ont prétendu que les peuples différents du leur cessaient donc d’être pleinement humains en devenant étrangers. Et c’est ainsi que la barbarie s’est répandue avec les civilisations, parce que, selon la belle formule de Claude Lévi-Strauss :

Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie.

10.2.12

Évolution des mammifères : devenir géant prend du temps


À quelle vitesse les mammifères changent-ils de taille au cours de l'évolution ? Il apparaît que la réponse dépend du milieu de vie (aquatique ou terrestre), mais également de la direction de cette évolution (vers le gigantisme ou vers le nanisme). En effet, selon des chercheurs, les mammifères changent de taille plus rapidement sous l'eau, et encore davantage s'ils ont tendance à rapetisser.
L'évolution des mammifères au cours du temps soulève des questionnements. Combien de temps a-t-il fallu à la baleine bleue pour atteindre sa trentaine de mètres de long ? Cette période de temps est-elle plus ou moins importante que celle qu’il a fallu à l’hippopotame nain pour atteindre sa taille réduite ? C’est ce qu’une équipe internationale a cherché à découvrir en étudiant la vitesse de changement de taille des mammifères depuis environ la crise du Crétacé-Tertiaire.
Cette étude a permis d’établir plusieurs schémas clairs. Tout d’abord, la croissance est plus rapide dans le milieu aquatique que sur terre. Par exemple, chez les baleines, il faut 1,1 million de générations afin de grandir d’un facteur 100 et 5 millions pour un facteur 5.000. En revanche, pour un organisme terrestre, il faut globalement deux fois plus de générations pour le même taux de croissance. 

La consommation énergétique mondiale restera dominée par les énergies fossiles d'ici 2030

Selon le dernier rapport "Energy Outlook 2030", du groupe pétrolier britannique BP, la demande énergétique mondiale devrait augmenter de près de 40 % d'ici 2030. L'étude indique que cette croissance atteindra 1,6 % par an et sera assurée principalement par les pays émergents, notamment par ceux qui ne font pas partie de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). A contrario, la consommation dans les pays de l'OCDE devrait augmenter de seulement 4 % au cours de cette période.

D'après les prévisions de BP, les combustibles fossiles continueront d'occuper une place importante (81 %) dans la consommation énergétique mondiale d'ici 2030, avec toutefois une baisse d'environ 6 % par rapport au niveau actuel. La période devrait également être favorable à une transition accrue vers d'autres sources énergétiques comme le gaz et les énergies renouvelables au détriment du charbon et du pétrole. Le passage progressif vers les énergies renouvelables au niveau mondial, notamment les biocarburants, devrait connaître une augmentation annuelle de plus de 8 %, une croissance beaucoup plus rapide encore que celui du gaz naturel, qui lui atteindra environ 2 % par an, jusqu'en 2030.

En 1904, le grand savant allemand Paul Ehrlich (Prix Nobel de Médecine 1908) écrivait un article fameux dans lequel il imaginait qu'il serait un jour possible de concevoir des "microbilles magiques", capables de transporter un médicament de manière parfaitement ciblée vers l'organe malade. Plus d'un siècle après cette géniale prévision, les nanomédicaments sont devenus réalité et sont en train de révolutionner l'ensemble des champs médicaux. Initialement, le concept sur lequel reposent les nanomédicaments, parfois appelé bio vecteur ou encore nanovecteur, consiste à emprisonner un principe actif à effet thérapeutique à l'intérieur d'un "vecteur", dont la nature et les propriétés peuvent varier et qui va permettre la protection, le transport et l'acheminement de ce principe actif jusqu'à la cellule ou l'organe à traiter.

9.2.12

La consommation des ménages et les comportements alimentaires des Français évoluent considérablement sous l’effet conjugué de leurs valeurs et aspirations, de leurs revenus, de leur activité professionnelle, de leur mode de vie… et de la structure de l’offre alimentaire (lieux de consommation, types de produits…). Ainsi assiste-t-on au développement de produits préparés, de l’alimentation hors domicile, de la déstructuration des repas…

5.2.12

Moins de travail, plus de loisirs ! On croirait un slogan tout droit sorti d’une manifestation pour la réduction du temps de travail. Il s’agit pourtant du résultat d’une enquête de l’Insee. Depuis 1999, le temps de travail effectif des Français a diminué de vingt minutes par jour. Le temps dévolu aux tâches domestiques a lui aussi considérablement fondu : quotidiennement, on consacre dix minutes de moins aux fourneaux, neuf minutes de moins en courses, et huit minutes de moins à faire le ménage. Qu’avons-nous fait du temps libre ainsi grappillé ? Si une partie a été confisquée par les transports (sept minutes supplémentaires par jour) et la toilette (quatorze minutes de plus qu’en 1999), le reste s’est tout naturellement reporté sur les loisirs. Nous disposons de 4 h 58 par jour de temps libre, soit sept minutes de plus qu’il y a dix ans.

. Temps libre : on ne fait pas toujours ce que l’on aime – SciencesHumaines.com
Si depuis 1999 le temps de travail des Français a diminué de 20 minutes par jour, celui dévolu au tâche domestique également. Le temps dans les transports et à la salle de bain à augmenté. Nous disposons de 4h58 minutes de temps libre par jour, 7 minutes de plus qu’il y a 10 ans. Et pourtant, nous pratiquons moins les activités artistiques et les moments de sociabilité que nous déclarons préférer…

. Les Etats-Unis perdent des emplois high-tech à mesure que la R&D se déplace vers l’Asie – WSJ.com
Selon le Conseil national des sciences américains, les Etats-Unis perdent des emplois de haute technologie à mesure que celles-ci déplacent leur R&D en Asi

Robert Solow, prix Nobel d’économie 1987 pour ses recherches macroéconomiques sur la croissance (Wikipédia), affirme que les progrès technologiques ont toujours créé du chômage durant une période d’adaptation, mais jusqu’à présent, l’emploi a toujours fini par repartir à la hausse, suite à ces phases. Mais ce qu’expliquent Erik Brynjolfsson ou Brian Arthur, c’est qu’il pourrait ne plus en être ainsi à l’avenir. Les gains de productivité de l’économie numérique risquent de ne pas pouvoir se retrouver dans l’emploi. De 2000 à 2007, le produit intérieur brut et la productivité américains ont augmenté plus vite qu’ils ne l’avaient fait durant toutes les autres! décennies depuis les années 60, alors que la croissance de l’emploi est restée relativement faible. En fait, expliquent ces auteurs, les progrès dans l’automatisation de travail liée à la robotisation et à la logicielisation des tâches, se déploient à un rythme si rapide, que les travailleurs ont du mal à s’adapter au changement.

La croissance de l’emploi est restée forte aux deux extrémités du marché : pour les postes les moins rémunérateurs (dans le domaine du service, du nettoyage, de la sécurité…) et pour les postes haut de gamme (techniciens, gestionnaires…). Pour les ouvriers, les responsables administratifs, employés de production ou les représentants de commerce, le marché du travail n’a pas augmenté aussi rapidement. Il a même parfois diminué. Depuis la récession, toutes les pertes d’emplois le sont dans des catégories de postes moyens, ceux qui sont le plus facilement remplaçables en partie ou totalement par la technologie. “Les emplois à faibles et hauts salaires ont progressé rapidement, tandis que les emplois intermédiaires – sur lesquels on compte pour s! outenir une classe moyenne solide – sont restés à la traîne”, estime le prix Nobel d’économie Paul Krugman. L’automatisation logicielle et robotique a progressé au détriment des emplois de la classe moyenne… Et le développement de l’économie des services n’a pas compensé l’employabilité de l’économie de la production de biens.

La flexibilité mondialisée

Pourtant, rappelle-le New York Times, l’avantage de la Chine n’est plus sur les coûts de production (d’autres pays sont bien moins chers). La Chine a utilisé les investissements des firmes occidentales pour innover sur ses chaînes de travail. Désormais, la qualité de la Chine c’est d’abord la rapidité, la flexibilité et le savoir-faire – et bien sûr, toujours le coût de production, lié à une dérégulation totale qui offre des conditions que les entreprises mondiales ne peuvent plus trouver dans les pays développés, semblent oublier naïvement les journalistes du New York Times. C’est la principale qualité de l&rs! quo;assembleur Foxconn : pouvoir réagir et servir très rapidement une commande.“La chaîne d’approvisionnement est en Chine aujourd’hui”, a déclaré un autre dirigeant d’Apple. “Vous avez besoin d’un millier de joints en caoutchouc ? C’est la porte de l’usine d’à côté. Vous avez besoin d’un million de vis ? Cette usine est à un pâté de maisons. Vous avez besoin que la vis soit un petit peu différente ? Il faudra trois heures.” Aucune ville comme Foxconn n’existe aux Etats-Unis. “Quelle usine américaine peut trouver 3 000 personnes durant la nuit pour augmenter la production et les convaincre de vivre dans des dortoirs ?” Foxconn apparaît comme le symbole de la flexibilité à l’échelle hyperindustrielle, grâce à une lé! gislation du travail quasiment inexistante, devenue impossible! à trouver dans les pays développés.

La Chine a fourni des ingénieurs à une échelle à laquelle les Etats-Unis n’auraient pu répondre, expliquent encore les journalistes du New York Times en guise d’exemple. Les dirigeants d’Apple avaient estimé avoir besoin d’environ 8700 ingénieurs industriels pour superviser et guider les 200 000 travailleurs à la chaîne impliqués dans la fabrication des téléphones. Les analystes de la société avaient estimé qu’il aurait fallu 9 mois pour rassembler autant d’ingénieurs qualifiés aux Etats-Unis. En Chine, il a fallu 15 jours.

Il est difficile d’estimer combien coûterait la fabrication d’iPhone aux Etats-Unis. Selon certains spécialistes, il faudrait ajouter 65 $ par téléphone pour transférer la fabrication, quand les profits d’Apple tournent plutôt autour d’une centaine de dollars par téléphone. En théorie, la construction nationale pourrait être une solution viable. Mais ces calculs demeurent abstraits. Pour que l’iPhone soit produit aux Etats-Unis, il faudrait transformer la législation et les économies nationales et mondiales, avoir accès à la fois à plus de flexibilité et plus de compétence, et moins de régulation, pour que la fabrication et l’assemblage se fasse à proximité, pour réduire encore et encore les coûts.

“La Chine est à la création de gadget ce que la Silicon Valley est à la création d’entreprise”, ironise Sarah Lacy. “Les Chinois ne fabriquent pas que des produits de moindres qualités, c’est eux qui fabriquent les meilleurs produits du monde, comme ceux d’Apple !”

L’article du New York Times conclut en esquissant les solutions à ce problème. Les dirigeants d’Apple, interpellés par le président Obama à ce sujet, avaient suggéré que le gouvernement réforme la politique des visas pour aider les entreprises américaines à embaucher des ingénieurs étrangers. D’autres avaient exhorté le président à donner aux entreprises un “congé fiscal” afin qu’ils puissent rapatrier leurs profits de l’étranger qui pourraient alors, selon eux, être utilisés pour créer du travail au pays. Steve Jobs estimait même qu’il serait possible de relocaliser une fabrication qualifiée si le gouvernement aidait à former plus d’ingénieurs… Sauf que beaucoup, aujourd’hui, ne tro! uvent plus d’emplois aux Etats-Unis…

Les Etats-Unis seront-ils en mesure de tirer parti des innovations de demain pour créer de l’emploi ? Durant la dernière décennie, la fabrication de semiconducteurs, le boom des énergies vertes et des technologies d’affichages ont créé des milliers d’emplois, mais si nombre de ces industries ont commencé en Amérique, une grande partie de l’emploi s’est faite à l’étranger. Est-ce vraiment pour répondre aux contraintes et à la flexibilité de production que les entreprises ont délocalisés ? Assurément, elles sont allées chercher ailleurs des conditions de production (légales, managériales, ingénioriales…) qu’elles ne trouvaient plus chez elle. Certes, les pays développés disposent encore de la création marketing et logicielle, ! qui ne nécessite pas les mêmes niveaux d’emplois que la fabrication… Pour combien de temps ?

28.1.12

D’où viennent les bonnes idées et les innovations | Winch 5“Les innovations ne sont que rarement des coups de génie tombant du ciel comme la pomme de Newton. Elles sont en fait le fruit de ” slow hunches “, pressentiments (ou intuitions) lents à se former. Elles naissent au terme d’une longue maturation, dans la rencontre avec d’autres, parfois alors qu’on travaille à autre chose (la fameuse sérendipité des hasards heureux). Ceux qui ” poussent les frontières du possible y parviennent rarement dans des moments de grande inspiration. (…) Leurs concepts incubent et se développent lentement (…) parfois pendant des décennies. Elles sont imbriquées avec les idées et parfois les technologies, voire les innovations d’autres personnes “, explique Francis Pisani en citant Steven Johnson.