24.4.12

Autre évolution surprenante qui va à l'encontre des idées reçues et de bien des discours ambiants : la production agricole mondiale a été, heureusement pour l'humanité, bien plus rapide que l'augmentation de la population mondiale depuis quarante ans. Grâce aux remarquables progrès de la productivité agricole, l'augmentation des ressources alimentaires par habitant n'a cessé de s'accroître depuis un demi-siècle : la ration alimentaire moyenne dans le monde qui était d'environ 1 900 calories en 1960, est passée à plus de 2 500 calories en l'an 2000, soit une augmentation de 31,5 % en 40 ans.

Cette progression est d'autant plus impressionnante que dans le même temps, la population mondiale a été multipliée par plus de deux au cours de cette période, passant de 3 milliards à 6,1 milliards d'habitants et que la surface mondiale cultivée est restée, à cause de la pression démographique, de l'urbanisation et des changements climatiques, globalement constante dans le monde depuis 1960, selon les travaux de la FAO. Il semble donc que la "révolution verte" des années 50 et 60 et les progrès en matière d'agriculture et d'agronomie aient eu des résultats très bénéfiques pour l'ensemble de la population mondiale, contrairement à ce qu'affirment aujourd'hui certains discours politiques ou économiques.

Plusieurs études scientifiques internationales, dont celle, fameuse, réalisée en 2005 par John Wilmoth, de l’Université de Berkeley, en Californie, ont montré que, dans l'ensemble des pays développés, l’âge maximal de la mort n'a cessé d'augmenter depuis un siècle et demi. Dans l'ensemble de ces pays, les scientifiques ont ainsi pu constater une augmentation de la longévité maximale presque aussi importante au cours de ces trente dernières années que pendant les cent années précédentes. Ces travaux montrent de manière éclairante et rigoureuse que la durée maximale de la vie n'est pas, comme on l'a longtemps cru, une constante biologique ou génétique intangible et indépassable qui serait indépendante des facteurs économiques, environnementaux ou sociétaux. En réalité, et contrairement aux affirmations péremptoires et imprudentes de certains démographes célèbres du siècle dernier qui avaient fixé des limites infranchissables à la longévité humaine, celle-ci ne cesse d'évoluer dans le temps sans qu’on puisse aujourd'hui prévoir jusqu’où ira cet accroissement sans précédent de la longévité humaine maximale.

En 2010, l'espérance de vie à la naissance a encore progressé en France de quatre mois, tant pour les hommes que pour les femmes. Depuis quinze ans, toujours selon l’Insee, l'espérance de vie continue sa progression régulière au même rythme moyen de quatre mois par an. Rien n'indique pour l'instant un ralentissement ou un arrêt de cette progression continue de l'espérance de vie dans notre pays et celle-ci devrait se poursuivre, si l'on en croit l'INSEE, qui prévoit dans ses dernières études, qu'elle pourrait atteindre en 2050 91,5 ans pour les femmes et 86,3 ans pour les hommes !

On l'oublie souvent mais en 1900, à l'époque de nos grands parents pour ceux d'entre nous qui ont dépassé la cinquantaine, l'espérance de vie moyenne (hommes et femmes réunis) n'était encore que de 45 ans en France. Elle est à présent de plus de 80 ans ! Il est en outre intéressant de souligner, comme le montrent les études de l'Ined et de l'Insee, que la mortalité diminue dans toutes les tranches d'âge en France et que le nombre total de décès reste comparable à son niveau d'il y a dix ans alors que la proportion de personnes âgées n'a cessé d'augmenter dans le même temps.

Selon l'ONU et l'OMS, au cours des 50 dernières années, l'espérance de vie moyenne à la naissance a progressé de plus de 20 ans dans le monde, passant de 46 ans à 67,5 ans et fait encore plus remarquable, l'espérance de vie à la naissance dans les pays les plus pauvres de la planète est passée de 36 à 56 ans, progressant également de 20 ans ! Sous l'Antiquité, l'espérance de vie était d'environ 25 ans et à la veille de la révolution industrielle (fin du XVIIIe siècle) elle n'était encore que de 35 ans en France. Il a donc fallu 18 siècles pour gagner à peine 10 ans de vie.

14.4.12

Par la mondialisation, l'internationale des riches s'est organisée pour qu'aucun gouvernement réformateur ne puisse remettre en cause ses privilèges. La circulation des personnes et des richesses rend les riches intouchables.

Les riches ont largué les amarres

Thierry Pech évoque d'abord les faits. Depuis une trentaine d'années, les revenus et les patrimoines d’une infime minorité, environ 6 000 personnes (soit 0,01% de la population française) n'ont cessé de s'accroître, alors que ceux du reste de la population stagnaient ou diminuaient. Une oligarchie, pour reprendre le mot, s'est imposée, composée de financiers, de patrons, de spéculateurs, auxquels on ajoutera des artistes et des sportifs. Ces gens sont, par leurs rémunérations hors normes, indique l'auteur, « devenus un problème » pour la justice sociale, l'efficacité économique et la démocratie.

"Les riches ont largué les amarres : ils ont fait sécession du reste de la société". Leurs gains sont désormais sans commune mesure avec ceux de leurs contemporains et ils échappent toujours davantage aux contraintes de la solidarité. En 2007, les ultra-riches gagnaient environ soixante fois le revenu moyen français… contre vingt fois en 1995.

La rationalisation

Lorsque l'intensification, la "rationalisation" sont apparues vers 1950-60, le rapport du paysan aux animaux a changé : ces derniers sont passés du statut de partenaire au statut de produit et le paysan est devenu exploitant agricole. Il n'a plus été question de vivre, de travailler avec eux, mais de leur attribuer une fonction strictement économique, et de leur appliquer les règles industrielles : monoproduction, simplification et mécanisation des tâches, externalisation de fonctions auparavant assurées par la ferme ou le village : insémination, fabrication d'aliments, contrôle de performance zootechnique, transformation du lait en produits laitiers, et enfin abattage. Les hommes et femmes en contact avec les animaux sont aujourd'hui en majorité des salariés peu décisionnaires, appelés "techniciens de production animale", très peu ou pas du tout formés à la relation avec l'animal.

Elevage

L'homme vit avec des animaux domestiques depuis le Néolithique(1). Ces animaux ont donc depuis huit ou dix mille ans été élevés pour leur travail (garde, chasse, traction), pour leurs productions ante mortem (lait, laine/poil/plumes) et enfin post mortem (viande et cuir). Ces dernières sont tout à fait particulières puisqu'elles impliquent la mise à mort des animaux. La mort fait partie de la vie des animaux, comme de la nôtre. La mort des animaux d'élevage a ceci de spécifique qu'elle est provoquée par leur éleveur ; même si la mise à mort n'a pas lieu à la ferme, il l'a au moins décidée, programmée, lorsqu'il vend son animal à un boucher. Enfin, la mort des animaux "de compagnie", qui ne sont pas élevés dans le but de nous nourrir, est souvent également décidée(2) .

Il faut insister sur cette question. Pourquoi les systèmes anthropotechniques associant depuis quelques millénaires des homo (ou pan) sapiens et des technologies de plus en plus pertinentes, y compris dans le domaine observationnel, se montrent-ils encore incapables de prévoir et surtout de prévenir les catastrophes menaçant l'avenir de la vie et de l'intelligence sur la Terre. En principe, ils devraient conjuguer les capacités cognitives et d'action rationnelle propres aux humains et aux technologies qui les composent. Or la pratique montre le contraire. Les potentiels les plus pointus en matière d'observation, de prédiction et d'action préventive dont disposent ces systèmes servent principalement à encourager des luttes et guerres pour le pouvoir, au mépris des conséquences létales pouvant en résulter pour l'avenir de nos civilisations terrestres?

Cela tient semble-t-il au fait que les ressorts anthropologiques les plus primitifs, de type épigénétique, visant à dominer, continuent à l'emporter sur les formes de coopération poussant à la prévision et à la prudence. Les sociétés humaines anthropotechniques ne sont à cet égard pas très différentes des sociétés animales. Celles-ci, dans l'ensemble, persistent à exploiter jusqu'à épuisement les ressources dont elles bénéficient. 

13.4.12

Complexe politico-militaro-industriel

Aux Etats-Unis, le phénomène a depuis longtemps été dénoncé sous le terme de complexe politico-militaro-industriel. Mais le terme plus récent de corporatocratie va plus loin, puisqu'il désigne les alliances antre le pouvoir économico-financier (corporate power) et le pouvoir politico-administratif. Ces alliances, dont l'essentiel demeure caché des citoyens, ont commencé à susciter des révoltes prenant la forme des mouvements dits "Occupy" (Occupons). Il s'agit de refuser le Système dans son ensemble, y compris les candidats politiques qui prétendraient le réformer mais qui se borneront à le pérenniser sous d'autres formes. Mais rien n'indique que ces mouvements puissent obtenir des changements en profondeur. 

La démocratie

La démocratie suppose la séparation des pouvoirs, principe inaliénable de toute démocratie correctement entendue, en trois instances distinctes et indépendantes. Comme l'affirma le grand Tocqueville dans "De la démocratie en Amérique" : il ne saurait y avoir de démocratie, à moins d’en donner une définition tronquée, là où il n’y a pas de séparation entre les pouvoirs législatif (le Parlement), exécutif (le Gouvernement) et judiciaire (la Justice).

Système du technologisme

Il y a un étrange chassé-croisé entre le sapiens béat devant ce qu’il croit être ses propres performances progressistes, et les productions du système du technologisme, le premier entraîné par le second en croyant le dominer. (Sapiens croit que le système du technologisme n’a pour but que de produire des technologies dont il serait lui-même, sapiens, l’'ordonnateur 

Pilotes” de drones

Un article de Paul Woodward sur l’état psychologique intensément dégradé des “pilotes” de drones, guidant leurs machines à partir de leurs consoles, à 300, à 1.000 ou à 10.000 kilomètres du lieu de l’action, – laquelle action est, souvent, l’assassinat pur et simple, déloyal, traître, froidement planifié et exécuté avec des moyens disproportionnés. (Le pourcentage de troupes retour du combat risquant de développer des situations psychologiques de pathologies sérieuses, – le fameux PTSD, ou Post-Traumatic Stres Disorder, – est dans l’immédiat de 12% à 17%, tandis que 36% des “pilotes” de drones seraient dans des situations psychologiques présentant ce risque.)

Les drones

Actuellement, l’USAF et la CIA principalement, sans mentionner d’autres services, disposent de plus de 7.000 drones. De très nombreux systèmes sont en conception et en production ; l’USAF recrute plus de “pilotes de drones”, – assis devant leur console, à l’abri de tous les effets habituels de la guerre, – que de pilotes d’avions pilotés de toutes les sortes. Il s’agit, depuis trois ans, depuis l’arrivée de l’administration démocrate d’Obama avec alors son secrétaire à la défense Gates hérité de l’administration précédente, d’un tournant massif vers cette sorte de système et la “philosophie” qui va avec. Il ne s'agit nullement d'une “percée” technologique. Les drones existent depuis les années 1960 en emploi opérationnel. Ils furent notamment très actifs au Vietnam, pour les reconnaissance sur le Nord-Vietnam. Il s’agissait alors, véritablement, dans la dimension conceptuelle et tactique, d’“avions sans pilote”, essentiellement produits par la firme Ryan. 

Cette arme est marquée aujourd'hui par une intense miniaturisation et les habituels changements (r)évolutionnaires des technologies du domaine de l’électronique. Mais le changement est aujourd'hui d’ordre culturel : l’emploi des drones, notamment pour des actions offensives, fut longtemps freiné par un état d’esprit propre à l’aviation. Celle-ci jugeait la présence d’un pilote dans un engin volant nécessaire non seulement pour des raisons d’efficacité (adaptation aux circonstances, détermination des objectifs), mais aussi, parfois, pour des raisons éthiques héritées des origines de l’aviation. Le risque de cet emploi devait être partagé par le pilote, mettant sa vie en danger.

C’est justement ce dernier point, complètement inversé (réaction type “inversionniste”), qui détermine l’accélération de la “guerre des drones” : éviter le risque de perte humaine dans une action offensive extérieure. Ceci d'autant plus, selon les us et coutumes de l’époque, que cette action est aujourd’hui souvent illégale, déloyale, arbitraire et aventureuse quant à sa justification militaire (erreurs sur les personnes visées, civils innocents “accidentellement” tués, etc.). 

Il paraît indiscutable que les sociétés technologies actuelles (les nôtres) disposent d'un grand nombre d'outils leur permettant d'observer leurs comportements et d'en tirer des modèles prédictifs. Certes, ces observations sont partielles, incertaines et souvent faussées par des acteurs détournant volontairement les faits pour préserver leurs intérêts. Il en est de même des modèles prédictifs. Ceux-ci n'explorent qu'un nombre nécessairement limité de perspectives et de solutions possibles, auxquelles on peut toujours reprocher un manque d'objectivité. Mais cette situation est le propre de tout travail scientifique....

N'est-il pas illusoire de penser que ces civilisations, même aujourd'hui où la culture scientifique se répand, puissent se comporter avec une intelligence suffisante pour éviter les comportements menaçant leur propre survie ? Ne feront-elles pas comme toutes les autres populations biologiques (sauf exceptions encore mal démontrées) : se développer jusqu'à épuiser les ressources de leur milieu et finalement disparaître ?

Existence dans l'univers de formes de vie intelligentes

Il ne serait pas scientifique d'exclure a priori l'existence dans l'univers de formes de vie intelligentes, éventuellement très différentes de nous. C'est toute la question qu'exploite avec ferveur la science fiction. Mais encore une fois, tant que de telles formes n'ont pas été observées sur Terre et ailleurs dans l'univers, il n'est pas possible d'en faire des objets d'étude autres que relevant de la conjecture.

Big Science

Le terme de Big Science désigne généralement celle qui fait appel à des équipements lourds, coûtant des milliards de dollars ou euros et demandant des années de mise en place. Ce sont ces équipements qui depuis un siècle, et plus particulièrement depuis les dernières décennies, ont permis de transformer radicalement le regard porté par l'homme sur ce qu'il perçoit de l'univers. On pense le plus souvent aux programmes spatiaux ou aux accélérateurs de particules. Mais il faut y ajouter les observatoires terrestres de nouvelle génération, sans doute aussi les matériels qui se consacreront à domestiquer la fusion nucléaire.

31.3.12

Economie de l’attention1. Développée pour décrire la gestion de l’information en régime numérique ou les mécanismes du marketing....Comme les espèces biologiques sont en compétition pour le partage des ressources, les biens culturels sont en concurrence sur le marché de l’attention...Désir, séduction, attractivité: les termes généralement employés pour décrire la fabrique ou la captation de l’attention relèvent d’un vocabulaire libidinal qui présente au moins deux inconvénients. Le premier est d’encourager une approche pulsionnelle des pratiques cognitives, qui comporte une dimension de jugement de valeur. Le second est de privilégier le versant positif de la réception: acte d’achat ou d’adhésion. Cette approche s’inscrit dans la tradition d’une interprétation des réactions du public à travers la grille de l’influence. 

Nous vivons un véritable changement, qui a déjà engendré deux crises économiques, modifié la façon dont nous apprenons et nous nous divertissons et altéré le tissu des relations humaines. Pourtant, jusqu’à présent, nous n’avons qu’une faible compréhension de ce qui nous arrive et de la manière de le gérer. La plupart des gens intelligents qui pourraient nous aider sont trop occupés à vendre du conseil aux entreprises, leur expliquant comment maintenir leurs monopoles chancelants face au tsunami numérique.