Les dimensions de la guerre
La guerre doit être donc envisagée au regard de ses multiples dimensions.
➥Dimension militaire d’abord. La guerre est un monde à part, qui engage des soldats, tantôt professionnels, tantôt « citoyens en uniforme », pour reprendre une expression chère à Raymond Aron. C’est aussi un temps à part, qui se distingue du temps diplomatique par des actes, de la déclaration à l’armistice, qui scandent son déroulement.
➥Dimension politique également. La guerre n’est pas à elle-même sa propre fin. C’est un moyen militaire mobilisé à des fins qui relèvent de l’action politique : prises ou protection d’un territoire, imposition d’une idéologie… En ce sens, elle est, selon la formule de Karl von Clausewitz, la « continuation de la politique par d’autres moyens ».
➥Dimension économique ensuite ; sur le plan économique, la guerre peut représenter l’une des conséquences de la crise ; mais il existe aussi une économie de guerre qui peut doper, plus ou moins artificiellement, la croissance. De même, la puissance économique d’un État est souvent liée à sa puissance militaire, comme ce fut le cas pour la Rome antique, l’Angleterre et les États-Unis.
➥La dimension culturelle ne doit pas être négligée. La guerre a fait l’objet de multiples représentations picturales, plastiques ou cinématographiques, du Guernica de Picasso à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola en passant par les bustes de stratèges romains. Mais la guerre a aussi influé sur les pratiques sociales et culturelles, à tel point que certains historiens, à l’image de Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker dans 14-18. Retrouver la guerre (Gallimard, 2003), ont forgé l’expression de « culture de guerre » pour penser l’interaction entre la guerre et la société française au moment de la « Grande Guerre ». de 14-18.
➥Dimension juridique enfin. La guerre a fortement contribué à l’invention d’un droit spécifique, le droit international, qu’on oppose traditionnellement au droit s’appliquant à l’ordre interne des États. Le phénomène guerrier suscite aujourd’hui beaucoup de réflexions juridiques sur la frontière entre le militaire et l’humanitaire, la violence et l’assistance.