15.4.14

Épigenèse, morphogenèse, auto-organisation, sciences de la complexité ou théorie de l’évo-dévo, tous ces modèles explicatifs visent à répondre à la grande énigme de la construction du vivant à l’ère postgénomique. Tous partagent l’idée que la vie n’est pas contenue dans un programme, mais découle d’une cascade de causalités qui s’enchaînent. Il existe cependant des schémas directeurs initiaux, des boucles de rétroactions, des niveaux d’organisation interdépendants, des sentiers d’évolution, des pôles d’attraction et des logiques de coévolution, qui convergent vers des formes stables et récurrentes.

Une construction en cascade

Si la construction d’un être vivant n’est pas programmée au départ dans un plan prédéterminé, préétabli dans le patrimoine génétique, comment expliquer que les éléphants engendrent toujours des éléphants, que les roses donnent des roses, et les humains des humains ?
S’il n’existe pas de plan préalable inscrit dans le génome, il y a tout de même une logique d’ensemble à l’œuvre… mais on ne sait pas laquelle. Actuellement, les chercheurs travaillent autour de plusieurs modèles évolutifs qui tentent de répondre à cette grande énigme de la genèse des formes vivantes.
Pour le biologiste et philosophe Henri Atlan, l’ère postgénomique dans laquelle nous sommes installés ouvre la voie aux théories de l’auto-organisation et de la complexité (4). Les théories de l’auto-organisation mettent l’accent sur l’émergence spontanée de formes stables à partir d’éléments désorganisés (à la manière des cristaux de neige qui forment par cristallisation des molécules d’eau). Les modèles d’auto-organisation, qui datent de trente ans déjà, ont du mal à tenir leurs promesses. Ils sont contestés par le biologiste Jean-Jacques Kupiec qui suggère une autre voie. Selon lui, la formation des individus est le produit d’un processus darwinien qui a lieu à l’intérieur même des organismes (5). Le schéma est le suivant : chaque organisme produit en fait une multiplicité de cellules dont seules survivent celles qui répondent à des formes viables. Ce schéma a été démontré à l’échelle des neurones et des synapses du cerveau. La formation du nerf optique qui relie l’œil au cerveau par exemple ne suit pas un trajet programmé par avance. Les fibres prolifèrent à partir de l’œil, se dirigent vers les aires cérébrales attirées par un phénomène d’attraction (dit « trophique »). Seule une partie de ces fibres (celles qui sont utilisées) va survivre, les autres vont dépérir et mourir. On appelle cela le darwinisme cérébral.
À partir de cellules souches toutes identiques et portant le même génome, certaines vont devenir des globules rouges, d’autres des neurones, des cellules musculaires, osseuses, cutanées, hépatiques, etc. Ce n’est donc pas un programme génétique qui détermine leur destin. L’environnement agit en activant les gênes comme on compose des airs différents en appuyant sur telle ou telle note d’un même clavier. Le génome n’est donc pas ce grimoire sur lequel est consigné le secret de la vie. Il ressemble plutôt à un alphabet de quelques milliers de lettres : mais comment ces lettres se combinent-elles pour former des mots (les molécules), des phrases (les cellules), des textes (les organismes) (3) ? C’est une autre histoire.
Dans un essaim d’abeilles, il existe des statuts différents : les mâles (appelés faux bourdons), les ouvrières, les reines. Tous naissent d’œufs parfaitement identiques ayant le même génome. Si l’œuf pondu par la reine n’est pas fécondé, la larve deviendra un mâle assez différent en taille et en comportement de l’abeille ordinaire (encadré ci-dessous). S’il est fécondé, l’abeille deviendra femelle, ouvrière ou reine, en fonction de la nourriture reçue. Si elle est nourrie de gelée royale, la larve se transformera en reine, si elle est nourrie de miel et de pollen, elle se développera en ouvrière. Ainsi donc, un même œuf, donc un même ADN, peut produire un faux bourdon, une reine ou une ouvrière, en fonction de son alimentation.

14.4.14

En prenant pour cible principale l’élite de la culture, le populisme de droite a protégé l’élite de l’argent. Il n’y est parvenu que parce que la suffisance de ceux qui savent est devenue plus insupportable que l’impudence des possédants.

11.4.14

Le nord-est de la calotte glaciaire du Groenland aurait perdu dix milliards de tonnes de glace par an entre 2003 et 2012, selon des chercheurs danois, américains et britanniques. Leur étude, publiée le 16 mars dans la revue Nature Climate Change, montre que le nord-est du Groenland n'est plus épargné par les effets du changement climatique. Selon ces travaux, la fonte des glaciers du Groenland a été l'un des principaux contributeurs à l'élévation du niveau de la mer sur les vingt dernières années alors que les scientifiques pensaient jusqu'à présent que le nord-est était une région stable. Ces travaux vont donc conduire à réviser les modèles de prédictions, en intégrant désormais la fonte de ces grandes masses de glace.
 Un article intéressant, intitulé « Réchauffement climatique : Améliorer les modèles économiques du changement climatique », a été publié il y a quelques jours dans la prestigieuse revue américaine « Nature » (Voir Nature). Après avoir rappelé les conclusions alarmantes du dernier rapport du GIEC, cet article souligne que les sciences économiques doivent se réformer profondément de manière à intégrer pleinement les coûts réels, environnementaux, sanitaires et sociaux, liés aux émissions massives de gaz à effet de serre d’origine humaine.
Selon Michael Mann, spécialiste du climat à l’Université de Penn State, le défi majeur que doit affronter l’Humanité est la vitesse avec laquelle les concentrations de CO² augmentent. «Il n’y a aucun précédent dans l’histoire de la Terre où on a assisté à une augmentation aussi abrupte dans les concentrations de gaz à effet de serre. Il a fallu à la nature des centaines de millions d’années pour modifier les concentrations de CO2 à travers des processus naturels, comme l’enfouissement du carbone. Et nous, nous le déterrons, mais pas sur 100 millions d’années. Nous le déterrons et le brûlons sur une échelle de 100 ans, un million de fois plus vite ».

26.3.14

Le cul des riches préfère l’épaisseur triple (Usbek & Rica)
    http://rezo.net/210393

17.3.14

La fin du monopole occidental
Si les rapports de forces entre nations se sont modifiés au cours des dernières années, ce n’est pas, contrairement à une autre idée très répandue, en raison des attentats du 11 septembre mais en raison d’évolutions majeures qui ont infléchi l’ordre mondial.
La première est la fin du monopole occidental. Après cinq siècles d’Histoire : l’Occident – qui avait toujours dominé l’ensemble de la planète – au point que la première mondialisation (au XVIe siècle) fut en réalité une européanisation du monde par la force – n’a plus le monopole de la puissance. Sur ce point, deux erreurs d’analyse reviennent fréquemment. La première consiste à nier cette perte de monopole – laquelle relève pourtant d’un processus entamé il y a vingt ans – et à persister dans la conviction qu’il nous revient toujours de fixer l’agenda international, que nous restons l’arbitre des élégances au niveau mondial et que, de ce fait, nous pouvons encore imposer aux autres les us et coutumes que nous estimons devoir prévaloir.
La deuxième illusion consiste à croire que nous avons perdu la puissance. Mais perdre le monopole ne signifie pas perdre la puissance. Le monde occidental reste aujourd’hui encore le plus riche, le plus influent… Surtout, s’il n’a plus le monopole de la puissance ce n’est pas parce qu’il a décliné mais parce que d’autres ont émergé. On se focalise sur les Brics mais il existe en réalité une cinquantaine de pays émergents, parmi lesquels l’Indonésie, le Mexique, la Turquie, le Ghana, l’Argentine… Nous devons désormais nous faire à cette idée et, par là même, accepter celle selon laquelle notre logiciel de vision et de compréhension du monde actuel est dépassé.
. Pascal Boniface : “Partout dans le monde, l’opinion publique prend le pouvoir” – LenouvelEconomiste.fr
Pour le géopolitologue Pascal Boniface, nous assistons à la fin du monopole occidental (mais pas à la fin de sa puissance). Partout dans le monde, l’opinion publique prend le pouvoir, quelque soit le régime en place, mais cela ne signifie pas qu’on assiste à des effets domino démocratiques… “La démocratie n’est pas un produit instantané à effet immédiat”. Si la démocratisation du monde se répand, la réaction à la corruption est un élément plus fédérateur et mobilisateur que le seul appel à la démocratie. La coupure entre les élus et le peuple n’est pas plus importante que par le passé, mais plus flagrante. “Il existe trop de moyens d’information pour que l’on puisse encore croire au discours dominant sans le remettre en cause”… Face à cette n! ouvelle réalité, les élites souffrent toutes d’un problème d’adaptation. Cette coupure génère une fatigue démocratique, qui se recompose dans les mouvements de solidarités locaux et dans le populisme.
site tendances

http://faireensemble2020.org/

21.2.14

Au cours des 40 dernières années, la consommation mondiale d'énergie et les émissions humaines de CO2 ont plus que doublé. Aujourd'hui, le monde consomme 12 gigatonnes d'équivalent-pétrole et émet 8 gigatonnes de carbone par an et chaque terrien consomme en moyenne 1,6 tonne d’équivalent-pétrole et émet plus d'une tonne de CO2 chaque année !
Avec un tel rythme, le monde aura besoin d’environ 30 Gigateps d'énergie en 2050, plus de 3 tonnes équivalent pétrole par habitant. Quant aux émissions humaines de gaz à effet de serre, elles dépassent déjà les 55 gigatonnes équivalent carbone par an. Or, pour pouvoir limiter le réchauffement mondial à 2° C, les derniers travaux du Giec rappellent que ces émissions ne devraient pas dépasser 44 Gtonnes équivalent-CO2 à l'horizon 2020, puis descendre à 35 Gtonnes à l'horizon 2030 et à 22 Gtonnes à l'horizon 2050. Il est donc absolument crucial que l’Humanité parvienne à diviser par 2,5 ses émissions (et les pays développés par quatre) globales de gaz à effet de serre d’ici le milieu de ce siècle, non pour éviter mais simplement pour limiter les effets catastrophiques du changement climatique en cours !
Pourtant, plus des trois quarts de l’énergie primaire consommée aujourd’hui par la Planète provient encore de l'utilisation des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz). Dopée par une forte baisse des prix et par une demande mondiale d’énergie qui explose, la consommation mondiale de charbon a explosé au cours de ces dernières décennies pour atteindre les 6 milliards de tonnes par an et l’AIE prévoit qu’elle deviendra d’ici 2015 la première énergie consommée dans le monde, devant le pétrole ! En 2014, le charbon sera responsable de près de la moitié des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie, contre 30 % pour le pétrole et 20 % pour le gaz.

7.2.14

 Deux chercheurs ont étudié l’impact qu’auront les nouvelles technologies sur l’emploi. Ils ont estimé, en intégrant différents critères, comme le salaire et le niveau de formation, la probabilité d’automatisation pour 702 professions différentes sur le marché du travail américain. Le résultat est saisissant puisque, selon ces chercheurs, l’automatisation matérielle et informatique, combinée à la robotique intelligente, va toucher 47 % de l’ensemble des emplois américains d’ici 20 ans !
Pendant ce temps, le marché mondial de la robotique, estimé à environ 25 milliards d’euros en 2013, dont 85 % correspondent à la robotique industrielle et 15 % à la robotique de services, devrait connaître un formidable essor et atteindre au moins 100 milliards d’euros en 2020.
Cette évolution pose évidemment une question fondamentale : la généralisation des robots entraînera-t-elle finalement une destruction nette d’emplois ou provoquera-t-elle au contraire la création de nouveaux emplois qui viendront avantageusement se substituer aux anciens ? Ce débat est loin d’être tranché et fait l’objet de vifs affrontements entre économistes, notamment outre-Atlantique. Certains chercheurs, comme Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee du MIT sont persuadés que cette montée en puissance de l’automatisation et  de la robotique vont entraîner, in fine, une destruction massive d’emplois, une évolution déjà perceptible selon eux, si on observe la progression du nombre de sans-emploi, qui a dépassé les 200 millions dans le monde en 2013, ou la destruction nette d’emplois aux États-Unis : plus de 7 millions d’emplois perdus en cinq ans !

3.2.14

Jared Diamond, biologiste et géographe à l’université de Californie, c’est d’abord l’auteur de deux gros livres, aussi encensés que critiqués. De l’inégalité parmi les sociétés, traduit en 2000 (Gallimard), prétendait tout simplement expliquer le pourquoi de la success story eurasienne. En d’autres mots, il décrivait comment ce continent européen et asiatique, favorisé par son climat et les nombreuses espèces domesticables qu’il abritait, avait au cours de l’histoire longue pris de l’avance sur les autres, et opéré une sortie considérable hors de son aire natale. Les armes, les métaux, mais par-dessus tout les épidémies, apportées par les Occidentaux, avaient assuré le succès de cette expansion mondiale. Effondrement, traduit en 2006 (Gallimard), c’était le contraire : on y apprenait comment les Mayas, les habitants de l’île de Pâques, les Indiens pueblos du Nouveau-Mexique, les Vikings du Groenland, avaient méthodiquement scié la branche de leur propre civilisation en faisant de mauvais choix agricoles, alimentaires ou autres. C’était l’histoire d’autant d’échecs, contenant en germe la menace d’une plus grande catastrophe, mondiale et encore à venir, liée à l’indécrottable propension de l’espèce humaine à détruire son environnement.

20.1.14

http://www.sciencesetavenir.fr/decryptage/20140117.OBS2889/le-top-ten-des-catastrophes-a-venir.html

Le "Top ten" des catastrophes à venir

Sous le titre "remodeler le monde" le Forum Economique Mondial de Davos qui s’ouvre le 22 janvier va tenter de faire le tour des risques les plus graves que court l’Humanité.

Rédigés par 700 experts mondiaux, le rapport "global risks 2014" explore 31 types de difficultés globales auxquels le monde doit faire face. Selon ces experts, chacun de ces risques pourrait provoquer une crise mondiale, mais leurs effets pourraient être multipliés par le simple fait qu’ils sont tous interconnectés. Ces évènements ont été classés par ordre d’importance et selon un degré de probabilité de survenue dans les prochaines années.

Les risques les plus probables

1. Les disparités de revenus
Le fossé croissant entre riches et pauvres est dénoncé comme le premier facteur d’instabilité sociale et politique.
2. La multiplication des évènements météo extrêmes
C’est un constat désormais partagé : inondations, sécheresses, cyclones sont de plus en plus destructeurs.
3. Le chômage et le sous-emploi
Le rapport pointe notamment les difficultés qui attendent les jeunes générations pour trouver un travail alors que le coût des études augmentent et que le marché de l’emploi se resserre. 75 millions de jeunes sont aujourd’hui au chômage dans le monde.
4. Le réchauffement climatique
Les négociations pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont dans l’impasse alors qu’il devient urgent d’agir pour limiter à 2°C les températures mondiales d’ici la fin du siècle. Un problème actuel qui impacte les générations futures.
5. Les attaques du cyber espace
Les experts craignent que les défaillances des protections des transactions marchandes passant par Internet ainsi que les intrusions dans la confidentialité des échanges électroniques ne sapent la confiance des utilisateurs, mettant à mal un secteur qui représente un puissant moteur decroissance économique

Les risques susceptibles d’entraîner les conséquences les plus graves

1. Les crises budgétaires
Les déficits publics des Etats sont considérés comme un risque majeur pour l’économie mondiale, avec un effet systémique prévisible sur l’ensemble des nations du fait de la globalisation des échanges.
2. Les changements climatiques
Induits par les émissions croissantes de CO2, ils sont non seulement probables mais aussi porteurs de conséquences graves pour toutes les activités humaines.
3. La crise de l’eau
C'est un risque constamment dénoncé depuis des décennies sans que des solutions pérennes soient trouvées. Près de la moitié de l’Humanité n’a pas à sa disposition suffisamment d’eau potable et ne possède pas de système d’assainissement.
4. Le chômage et le sous-emploi
Ils seront le moteur d’importants mouvements sociaux, d’instabilités politiques internes aux pays et de conflits virulents entre États.
5. L’effondrement d’Internet
Les auteurs redoutent une défaillance mondiale des systèmes informatiques. L’affaire Snowden, dénonciateur de l’espionnage à grande échelle du NSA américain, fait également redouter une méfiance généralisée des États entre eux et des utilisateurs, qui pourrait déboucher sur une "balkanisation de l’Internet". Selon les auteurs, "la confiance en Internet décline".
Selon une tradition bien ancrée, le Forum de Davos s’organise autour d’un question centrale imposée par l’actualité. C’était le cas en 2013 avec la crise de l’Euro. Cette année, les organisateurs ne choisiront pas de thème central et n’organiseront aucune hiérarchie entre les différents risques mondiaux afin de mieux plaider pour le retour d’une gouvernance mondiale apte à résoudre des problèmes globaux. Le Forum ambitionne de faire réfléchir les 2500 participants et les 40 chefs d’Etats annoncés sur "le long terme".

http://www.scienceshumaines.com/rencontre-avec-marcel-gauchet-nous-sommes-a-l-age-de-l-egalite_fr_31739.html

Le modèle occidental, libéral et démocratique semble aujourd’hui hégémonique. Ses valeurs tendent à s’imposer partout. Avons-nous affaire, pour reprendre l’expression de D. Battistella, à un monde unidimensionnel ? Allons-nous vers un monde uniforme ?


Je crois qu’il faut distinguer deux choses. Un monde unidimensionel, pourquoi pas, car il existe un référentiel commun à l’ensemble de l’humanité. Je n’ai pas vu apparaître d’alternative à la technique occidentale, ni de valeurs politiques très différentes de celles qui organisent nos sociétés. Les Chinois sont plus nationalistes que nous, mais ils ont aussi un appétit de la liberté. Nous, nous sommes plus soucieux de liberté ; l’idée même de nation ne nous parle plus vraiment. Mais enfin, nous sommes tous pris dans le même cadre intellectuel. On parle de la même chose. En revanche, à l’intérieur même de ce cadre commun de référence, la bigarrure ne cesse de s’accentuer. L’exemple européen est intéressant : il n’y a pas de rivalité de principe sur ce qu’il faut faire, mais chacun veut le faire à sa façon. C’est encore plus vrai à l’échelle du globe. En théorie, l’idée démocratique fait quasiment consensus, mais en pratique, nous avons des divergences sur les façons de l’administrer, selon que l’on soit français, américain, chinois ou brésilien… Une discussion risque d’ailleurs bientôt d’éclater entre les Européens et les Américains. Quelle est la finalité d’un système collectif ? Est-ce de maximiser les gains de personnes individuellement, ou est-ce de créer de la cohésion collective par la redistribution et la protection des plus faibles ? À mon sens, les divergences entre Europe et États-Unis sont appelées à s’approfondir. Nous avons affaire à une vraie concurrence de modèles politiques, à partir de prémisses totalement communes. Cela peut donner des sociétés totalement différentes. Nous n’allons donc pas vers un monde uniforme, bien au contraire.

http://www.scienceshumaines.com/rencontre-avec-marcel-gauchet-nous-sommes-a-l-age-de-l-egalite_fr_31739.html

Vous évoquez là la situation des sociétés occidentales. Pensez-vous que ce processus d’émancipation soit réellement planétaire ?


Oui, je pense qu’il s’agit d’un horizon commun pour l’humanité. On peut dire que le nouveau monde, c’est le monde de l’égalité. Cette valeur se joue là, dans cette lutte pour l’égalité entre hommes et femmes. C’est son laboratoire quotidien. Je suis extrêmement frappé par la pénétration de l’esprit égalitaire jusque dans les sociétés les plus éloignées de ce modèle. Le monde de l’Islam en offre le témoignage quotidien, au-delà des apparences. Les femmes parlent, elles ont de l’autorité et l’exercent non plus seulement dans l’enceinte des maisons, mais aussi sur la place publique.

Certes, de telles transformations sont lentes. Il a fallu deux siècles à l’Occident pour parvenir à l’émancipation féminine. Il serait miraculeux qu’on y parvienne en quelques décennies dans des sociétés structurellement organisées par la complémentarité hiérarchique des sexes. De telles organisations sont difficiles à défaire : l’identité des êtres et tout le fonctionnement collectif en découlent. Mais la révolution symbolique est faite. À l’échelle planétaire, il n’y aura pas de retour en arrière.

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La mondialisation n’est pas uniformisation. 
Sa dynamique fait d’autant plus ressortir la bigarrure fondamentale des sociétés. Et la concurrence 
entre modèles de société ne fait que s’intensifier.

Vous considérez que nous sommes entrés, depuis la fin des années 1970, dans un « nouveau monde », expression qui doit donner son titre à votre prochain livre (1). Qu’y a-t-il de vraiment nouveau ?


Cette expression peut certes sembler banale, mais je lui donne un sens précis : pour la première fois dans l’histoire humaine, le monde est vraiment Monde. Nous assistons à un processus qui va bien au-delà de la mondialisation financière ou technique : la fabrication politique – au sens fort du mot – d’un espace planétaire. Des parties du monde autrefois dominées, comme l’Inde ou la Chine, s’imposent comme des partenaires à part entière sur la scène internationale. Le bloc soviétique s’est effondré, alors qu’il représentait le dernier véritable empire sur la surface du globe. La puissance américaine, dont l’hégémonie politique et militaire était incontestée, se trouve fragilisée. Nous sommes dans le premier monde qui ne se perçoit pas sous le signe d’antagonismes irréductibles entre ses parties. Il y a des grands et des petits, mais aucun Etat n’est en mesure de dominer les autres. Il s’agit d’un changement considérable, dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences sur la vie des sociétés.

C’est aussi en ce sens que j’utilise à dessein l’expression de « nouveau monde ». Le monde humain dans lequel nous vivons me paraît tout aussi inconnu que le monde spatial pouvait l’être pour Christophe Colomb et Vasco de Gama. Nous connaissons le globe, possédons des cartes, des satellites, des GPS, etc. Mais humainement parlant, nous sommes désorientés. Nous comprenons mal comment fonctionnent les sociétés et qui sont les individus qui les composent. La mondialisation géographique a eu lieu ; nous sommes aujourd’hui au tout début de la mondialisation humaine et sociale.


17.1.14

L’évolution de la longévité de notre espèce humaine est une histoire fascinante et qui mérite d’être rappelée car elle fait souvent l’objet d’une connaissance approximative, parsemée d’idées reçues.
On estime qu'au début de l’ère chrétienne, l'espérance de vie à la naissance n’était encore que d’environ 25 ans et il a fallu attendre le début de la révolution industrielle, à la fin du XVIIIe siècle, pour que cette espérance de vie gagne une décennie et atteigne les 35 ans en Europe. Mais c’est au cours des deux derniers siècles que l’espérance de vie moyenne à la naissance va s’accroître à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité. En effet, cette espérance de vie à la naissance, qui n’était encore, au début du XXe siècle, que de 33 ans, au niveau mondial et de 45 ans en France, vient cette année de passer à plus de 70 ans pour la moyenne mondiale et à 82 ans dans notre Pays.
À cet égard, il est important de souligner que cette espérance de vie a progressé partout dans le monde, y compris dans les pays les plus pauvres d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Sur le dernier demi-siècle par exemple, l’espérance de vie moyenne en Afrique a progressé de 15 ans, passant de 42 à 57 ans !
Autre exemple encore plus saisissant, celui de l’Inde, longtemps considérée en Occident comme l’exemple du pays misérable et sous-développé. Cette grande puissance émergente a vu l’espérance de vie moyenne de ses habitants progresser de 25 ans au cours des 50 dernières années. Aujourd’hui, un indien vit en moyenne 67 ans, contre 42 en 1960 !
Comme l’ont montré plusieurs études scientifiques et épidémiologiques internationales publiées au cours de ces dernières années, ce rythme de progression de l’espérance de vie n’a jamais faibli depuis un siècle au niveau mondial comme au niveau national et les derniers chiffres dont nous disposons indiquent au contraire que, dans de vastes régions du monde, ce rythme s’est encore accéléré au cours des dernières décennies !
Les raisons de cet extraordinaire allongement de la durée de vie humaine sont connues : elles tiennent évidemment aux progrès médicaux et sanitaires immenses intervenus depuis un siècle ainsi qu’à l’amélioration considérable des conditions de vie, qu’il s’agisse du logement, de l’alimentation ou encore des conditions de travail ou des progrès de l’éducation.
Cette progression planétaire globale de l’espérance de vie à la naissance devrait d’ailleurs se poursuivre tout au long de ce siècle, si l’on en croit les dernières prévisions de l’ONU (publiées en juin 2013), qui prévoient, de manière assez prudente, que l’espérance de vie moyenne mondiale pourrait atteindre 76 ans en 2050 et 82 ans en 2100