9.12.08

Il peut arriver qu’un des niveaux ait une influence majeure qui relativise la nécessité d’utiliser les autres modes d’explication. Ces cas particuliers peuvent donner aux scientifiques l’impression qu’une seule approche – la leur – est suffisante. Cette difficulté à appréhender trois types de causes simultanément, chacune permettant d’expliquer certaines facettes du résultat observé, est à l’origine de nombreuses querelles dans les différents domaines scientifiques.Pourtant, il est très souvent nécessaire de prendre en compte deux ou même trois des ces influences en cherchant à les articuler entre elles pour obtenir une vision d’ensemble. Edgar Morin, à qui nous présentions les idées de ce c! hapitre, a réagi en indiquant : « Il nous manque les instruments conceptuels sur les liens entre les différents niveaux. 
Application des modes d’explication à d’autres domaines
La nécessité de prendre en compte les propriétés à trois niveaux différents (constituants, système et environnement) semble se retrouver dans de nombreux domaines  

23.11.08

Trois changements de paradigme
L’imagerie cérébrale a apporté un véritable changement de paradigme : la capacité à observer le cerveau en fonctionnement. Encore récemment, on ne pouvait faire que des études post mortem. Avec la possibilité d’étudier l’activité cérébrale grâce à une variété de moyens, la compréhension des phénomènes neuronaux prend un tout autre essor.Un deuxième changement de paradigme est associé cette fois aux sciences cognitives. Auparavant, il n’était possible d’étudier les comportements qu’en prenant le cerveau comme une boîte noire. Un stimulus à l’entrée devrait produire telle réaction. Mais il existe de nombreuses boucles de rétroactions dans les réseaux neuronaux. Mieux, l’activité cérébrale change le cerveau lui-même en créant de nouvelles synapses, de nouveaux neurones.Le cerveau a une extraordinaire plasticité qui lui permet de s’adapter aux événements. Mais la conséquence de cela est qu’un deuxième stimulus, identique au premier, ne produira pas le même résultat. Le développement de la simulation sur ordinateur de fonctions cognitives a donné la possibilité d’étudier l’intérieur de la boîte noire en permettant de comparer les résultats des fonctions simulées avec ceux des fonctions cérébrales. Le cognitivisme va plus loin encore en considérant que le cerveau n’est pas simplement simulable mais qu’il est également lui-même un système de traitement de l’information (une machine de Turing).Cette évolution rapide de la connaissance du cerveau et des fonctions cérébrales a permis de mieux comprendre non pas seulement un objet extérieur, comme cela a été l’objet principal de la science, mais d’étudier notre mode de pensée lui-même. La cognition réfléchie nous permet de nous comprendre nous-mêmes. La philosophie et la science, qui ont suivi un temps des chemins différents, pourraient de nouveau se rapprocher. Les sciences cognitives peuvent-elles apporter un fondement scientifique et même calculatoire de l’éthique et des systèmes de loi ? Une éthique cognitive ? Ce domaine de recherche est actuellement appliqué aux elfes, des automates virtuels qui nous aident dans notre vie ordinaire mais qui doivent aussi respecter des règles – par exemple, savoir &agr! ave; qui diffuser des informations sur la santé d’une personne. Au-delà de la compréhension, on peut également imaginer transformer l’homme lui-même : dans ses aptitudes physiques, ses perceptions, mais également dans ses facultés intellectuelles.Bien que le transhumanisme soit largement spéculatif, il est d’ores et déjà possible non seulement de réparer mais aussi d’augmenter certaines caractéristiques de l’homme. À terme, ces techniques pourraient conduire à des scissions de l’humanité en plusieurs groupes ayant des facultés physiques ou intellectuelles différentes.

. Ecrans.fr : Umberto Ecco, En arrière toute !
"Il y a des progrès technologiques au-delà desquels on ne peut pas aller. On ne peut pas inventer une cuillère mécanique, celle d’il y a deux mille ans fait encore très bien l’affaire. On a abandonné le Concorde qui pourtant faisait Paris-New York en trois heures. Je ne suis pas sûr qu’ils aient bien fait, mais le progrès peut aussi signifier faire deux pas en arrière, comme revenir à l’énergie éolienne au lieu du pétrole et des choses de ce genre. Soyez tendus vers le futur !"

Dans un récent billet sur son blog, Kelly revient en effet sur la possibilité que l’internet constitue un superorganisme : un être collectif “émergent” du comportement et des relations d’un groupe d’individus, à l’instar des fourmilières. Un superorganisme qu’il nomme la “Machine Unique” : “ce supermegaordinateur est le nuage de tous les nuages, le plus grand ensemble possible de processeurs en communication. C’est une vaste machine aux dimensions extraordinaires. Il est composé d’un billiard de transistors et consomme 5% de l’électricité de la planète. Il n’est (encore)! la propriété d’aucune corporation ni d’aucune nation, et il n’est pas réellement gouverné par les humains. Diverses sociétés dirigent les sous-nuages les plus importants, et c’est Google qui domine actuellement l’interface utilisateur de la Machine Unique.”
Enfin, le vivant ne peut se comprendre qu’en prenant en compte les différents niveaux d’échelle (molécule, cellule, organisme, écosystème) et leur influence les uns sur les autres. Ainsi, le fonctionnement d’une cellule est influencé par les macromolécules qui la constituent, mais aussi par la forme adoptée par les réseaux de molécules et par l’environnement de la cellule. Même si certains résultats dépendent principalement d’un seul niveau (biologie moléculaire, biologie des systèmes ou génétique des populations par exemple), d’autres nécessitent une articulation entre ces différentes influences. Ce cinquième changement de paradigme est le résultat des lois de la complexité

Ce que les nanotechnologies changent
Un premier changement de paradigme vient de la taille même des nanotechnologies. Elles sont du même ordre de grandeur que celui des macromolécules utilisées par le vivant, ce qui permet d’imaginer construire des objets aux fonctions similaires ou pouvant agir directement sur les cellules vivantes. De même, la maîtrise au niveau nanométrique permet de doter des matériaux de fonctions particulières. Par exemples, la longueur d’onde de la lumière visible étant de l’ordre de 400 à 700 nm, de nombreuses applications optiques deviennent possibles. Certaines particularités utilisées par les êtres vivants sont également dans ces ordres de grandeur, comme les poils de gecko – qui lui donnent une adhérence sur toutes les surfaces. La maîtrise des technologies &a! grave; des niveaux nanométriques devrait donc s’accompagner d’une explosion d’innovations dans des secteurs extrêmement variés (médecine, optique, matériaux, etc.).

Un deuxième changement de paradigme est soumis à notre capacité, encore hypothétique, de réaliser des nanosystèmes moléculaires et même atomiques. En atteignant une maîtrise au niveau des briques de base, il devient possible d’envisager une approche “bottom-up”, par assemblage, molécule par molécule ou atome par atome plutôt que par usinage. Cette inversion dans le mode de construction, si elle devient un jour possible, aurait des conséquences importantes dans notre maîtrise de la fabrication d’objets complexes. L’arrivée d’imprimantes 3D moléculaires ou atomiques aurait également un impact économique en rendant les objets matériels aisément duplicables comme le sont les biens matériels, offrant ainsi une éco! nomie de l’abondance (ce qui nécessiterait une révision profonde des modèles économiques sur lesquels se fondent le développement de nos sociétés). Enfin, une approche par agrégation, en cas de non-maîtrise, porte des risques de prolifération qui nourrisent les peurs face à l’arrivée de systèmes autoréplicateurs comme l’évoque Michael Crichton dans La Proie.

21.11.08

Enfin,il y a quelques jours, des chercheurs de l’institut de recherche public nippon Riken sont parvenus à générer des tissus du cortex cérébral à partir de cellules souches prélevées sur un embryon (Voir article dans notre rubrique "Sciences de la Vie).

Ces récentes et remarquables avancées de la recherche montrent que l’on pourra un jour sans doute pas si lointain, grâce à la maîtrise de l’utilisation des cellules souches, régénérer complètement des organes lésés ou détruits et restaurer des fonctions physiques ou cognitives altérées par l’âge ou la maladie. C’est donc bien une nouvelle révolution médicale qui est en train de s’accomplir sous nos yeux.

5.10.08

Au début des années 1950, John Gallagher et Ronald Robinson ont révolutionné les études sur l’empire et l’impérialisme d’une façon qui résonne encore aujourd’hui. [1] Ils critiquaient la périodisation, alors dominante, de l’histoire impériale britannique en phases « impérialiste » et « anti-impérialiste », des phases oscillant entre moments d’expansion territoriale, de contraction et de libéralisation. Ils proposaient une interprétation insistant sur la continuité fondamentale des modes formels et informels d’expansion impériale. Quoique l’expansion formelle (territorialisée) et informelle renvoient à des modes d’exercice du pouvoir et de contrôle différents, il ne s’agit pas de réalités distinctes. Selon les auteurs, il faudrait plutôt y voir « des fonctions politiques variables appartenant à un schéma d’extension du commerce extérieur, de l’investissement, des migrations et de la culture », cela, dans un « cadre global d’expansion » [2].

30.9.08

Dernière remarque : quand je parle de "modernité métisse", cela ne doit pas être confondu avec "société métisse". Si vous prenez le cas du Japon, il s'agit d'une société non métissée, ou très peu, mais d'une modernité qui, elle, l'est beaucoup. Le Japon a su concilier ses traditions avec une modernité venue d'Occident, et qui s'en est trouvée transformée.
Pour répondre à la fin de votre question, je suis optimiste sur le long terme mais je ne suis ni irénique ni béat. Dans le court terme, cette marche des civilisations les unes vers les autres, cette "rencontre" inévitable, va continuer à susciter des réactions de replis, des refus, des crispations identitaires et fondamentalistes. Autrement dit, en passant ce "cap des tempêtes", nous devrons certainement affronter des violences, des menaces dont le terrorisme est un bon exemple. Il faudra faire face, mais avec sang froid.
Pendant quatre siècles, la culture européenne, puis euro-américaine, a été hégémonique. Vers la fin du XVIe siècle, elle a commencé à rattraper le grand retard qu'elle avait par rapport aux autres grandes civilisations, par exemple chinoise ou indienne. Les Chinois ont inventé l'imprimerie huit siècles avant nous et les astronomes indiens ont découvert la réalité du mouvement des astres plusieurs siècles avant Galilée. Dès le milieu du XVIIe siècle la culture européenne avait effacé ce retard et même distancé les civilisations concurrentes. Ainsi a-t-elle pu devenir la véritable "organisatrice" du monde. Elle a régné par la conquête coloniale, la supériorité économique et militaire, mais aussi par le rayonnement culturel. De ce point de vue, on peut dire que le monde entier est déjà bien plus occidentalisé qu'on ne le croit. Même la Chine. Même l'Inde. Mais ce qui s'achève aujourd'hui, c'est cette "séquence" purement occidentale. Les autres civilisations se réveillent et accède, à leur façon, à la modernité. Cette dernière ne pourra plus se confondre avec le seul "Occident". La modernité devra intégrer ces apports venus d'ailleurs.
Cette fois, avec ce « Commencement d’un monde », paru comme toujours au Seuil, l’auteur conclue un cycle dans l’esprit qui le définit : refus des clichés et de la soumission, ouverture vers l’autre, exigence vis-à-vis de soi-même. « Vers une modernité métisse » est à la fois le sous-titre et le centre d’un ouvrage qui est, en quelque sorte, l’anti-choc des civilisations. Car si la longue séquence historique de l’hégémonie occidentale prend fin, si le Centre se déplace au profit de la périphérie, en fait, et contrairement aux apparences, les civilisations se rapprochent les unes des autres, affirme Guillebaud qui s’arrête longuement sur les sociétés et les cultures en mouvement comme la Chine et l’Inde.

« Le métissage, écrit-il, ce n’est pas la négation des différences mais leur combinaison créative. Le métissage n’annihile pas les catégories - nationales ou ethniques – d’origine, il les mêle dans le creuset d’où naîtra une identité « autre ». Et d’insister sur ce point essentiel : la modernité métissée est « à la fois un prolongement de l’ancienne modernité européenne et une rupture avec l’occidentalo-centrisme de celle-ci. »
l'Occident, lui aussi, absorbe comme une éponge ce qui lui vient d'ailleurs, qu'il s'agisse de spiritualité (l'essor du bouddhisme en France, par exemple), de culture (les musiques métisses) ou d'organisation productive (les méthodes japonaises). Les diasporas engendrent des cultures voyageuses: le coursier sikh de Manhattan, l'employé de bureau maghrébin à Paris ou le garagiste turc à Munich sont bien obligés de composer entre les deux univers auxquels ils appartiennent. Tout cela aboutit à ce que l'auteur appelle, à la suite d'Edouard Glissant, "une créolisation du monde", l'invention de formes, de cultures, de pratiques métissées, dans un mouvement que la mondialisation accélère et qui annonce à la fois l'émergence d'un monde à venir différent et les crispations des intégristes de tout poil qui le refusent.
Nous sommes au commencement d'un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l'ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde " nouveau" qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l'émergence d'une modernité radicalement "autre". Elle ne se confond plus avec l'Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Une longue séquence historique s'achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l'événement. On annonce un "choc des civilisations ", alors même que c'est d'une rencontre progressive qu'il s'agit. On s'inquiète d'une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n'ont jamais été aussi fortes. Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les "civilisations" se rapprochent les unes des autres. De l'Afrique à la Chine et de l'Inde à l'Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l'état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l'avènement prometteur - et périlleux - d'une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences. Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l'histoire humaine.

19.9.08

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet: "Gould aimait dire que ' les bactéries sont les reines de la vie car elles ont vécu pendant trois milliards et demi d’années et sont plus diversifiées par leur biochimie que toutes les autres formes de vie '. Pour Gould, l’histoire de la vie et l’évolution des espèces ne doivent pas être ramenées uniquement à la notion de 'progrès' mais d’abord examinées à la lumière de la fabuleuse diversification du vivant et de sa prodigieuse capacité d’adaptation et d’homéostasie.
Loin d’affaiblir ou d’infirmer la théorie de l’évolution de Darwin, comme l’ont prétendu pour des raisons idéologiques certains courants créationnistes, la théorie de Gould, qui n’a jamais contesté les principes d’évolution des espèces et de sélection naturelle, est au contraire venue enrichir, élargir et complexifier de manière remarquable la vision darwinienne en utilisant tous les nouveaux outils scientifiques disponibles et en introduisant les notions clés de contingence et de macroévolution."

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet: "Darwin considère que l’agent sur lequel agit la sélection naturelle est l’individu. Cette sélection naturelle agit très progressivement et, sur les temps géologiques, modifie peu à peu la population jusqu’à faire naître une nouvelle espèce. Ce processus lent et continu est la microévolution qui s’effectue de manière graduée dans le temps. Mais Gould, sans remettre en cause sur le principe la sélection naturelle et l’évolution des espèces, est venu profondément modifier et enrichir ce scénario darwinien en posant l’hypothèse de l’évolution par équilibre ponctué. Selon cette théorie, l’espèce se comporte comme un individu darwinien qui sera soumis à tous les éléments de la sélection naturelle, pourra supplanter d’autres espèces, en donner de nouvelles et disparaître à son tour.
Pour Gould, la sélection naturelle ne peut pas, à elle seule, déterminer toutes les formes prises par les espèces dans le processus de l’évolution. Elle agit en synergie avec deux autre facteurs majeurs : les gènes architectes (dits ' gènes homéotiques '), qui canalisent le développement des organismes selon les mêmes grandes lignes dans la plupart des embranchements et la capacité de changement au cours du temps de la fonction adaptative. Gould a magistralement forgé et étayé un concept d’une grande richesse qui veut rendre compte de l’extrême diversité et complexité du vivant : la macroévolution."

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet

[@RT Flash] Lettre 487 du 19 au 25 septembre 2008 - @ Tregouet: "Darwin n’a cependant jamais exclu la possibilité que d’autres transformations aient pu se faire selon un autre mécanisme. C’est précisément cette nouvelle perspective conceptuelle qui fut proposée en 1972 par Steven Jay Gould (disparu en 2002) et Nils Eldredge. Pour ces deux grands scientifiques américains, l’évolution procéderait de manière non continue avec de longues périodes de stagnation entrecoupées par de brusques et courtes périodes de transformation rapide menant à la formation de nouvelles espèces."

12.9.08

Peut-être que le développement de thèmes comme la Singularité peut-il apparaitre comme le signe de l’éclatement de nos sociétés modernes sous la pression de l’explosion informationnelle ? Dans un monde où les points de vue possibles se multiplient et où chacun crée ses propres repères en fonction de sa trajectoire personnelle, il n’y plus de place pour les grands thèmes universalistes, qu’ils s’expriment dans des religions comme les monothéismes ou le bouddhisme, ou dans l’humanisme rationaliste des Lumières. Du coup, une multitude de micro-religiosités se développent, dont le New Age à son époque, mais peut être aussi le transhumanisme et le singularitarianisme.

Cela implique un retour aux formes de sacralité primitives, où chaque groupe, chaque guilde possède ses propres rites, ses propres mythes, ses propres “mystères” : cultes des forgerons, des chasseurs, des hommes et des femmes, des agriculteurs… Dans nos sociétés, des institutions comme le compagnonnage ou la franc-maçonnerie (qui à l’origine était constituée de véritables maçons, de bâtisseurs de cathédrales) sont des survivances de ces systèmes de valeurs propres à une corporation.
il se pourrait que la convergence et l’accélération accélérante multiplient, dans un futur proche, le nombre de “maximums technologiques” ce qui possède bien sûr un petit air de Singularité, mais avec des conséquences radicalement différentes. On en viendrait en fait à un point où la technologie cesserait de revêtir l’importance qu’elle possède aujourd’hui : “A l’âge futur du maximum technologique, explique Schroeder, la technologie cesse de diriger le changement social. Les règles sont inversées : le changement devient entièrement affaire de valeurs, nous met en face de ce que nous voulons, et l’idéologie, la religion, l’esthétique et la culture dominent le paysage des mutations à venir”. En d’autres termes, conclut-il, ” le facteur dominant de transformation dans le futur ne sera pas la technologie, ce sera la politique”.

6.9.08

Matière & Énergie
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Une étape majeure vers la production d’hydrogène à partir d’énergie solaire
En s’inspirant de la photosynthèse, des chercheurs américains du MIT, dirigé par Daniel Nocera, ont franchi une étape décisive vers la production d’hydrogène à partir d’énergie solaire. On sait depuis longtemps la réaliser en apportant de l’énergie sous forme électrique. C’est l’électrolyse. En plongeant deux électrodes dans l’eau et en appliquant une tension suffisante, on obtient un dégagement d’oxygène à l’anode et d’hydrogène à la cathode. Mais l’idée d’effectuer la réaction sans autre apport d’énergie que celle du soleil hante les laboratoires depuis longtemps. L’hydrogène, que l’on commence à savoir enfermer dans des réservoirs, est bien plus commode à stocker que l’électricité. On peut ensuite récupérer l’énergie ainsi mise en réserve, par exemple dans une pile à combustible où s’effectue la réaction inverse, produisant de l’eau et du courant électrique. L’hydrogène peut aussi être utilisée par d’autres moyens. L’énergie solaire pourrait alors être utilisée de manière plus souple qu’en produisant de l’électricité au gré de l’ensoleillement.

Mais il reste encore un long chemin à parcourir pour égaler l’efficacité des plantes vertes. L’électrolyse réclame énormément d’énergie alors que la photosynthèse se contente de peu. Si l’on parvient à trouver un moyen pour réaliser l’électrolyse avec une quantité d’électricité suffisamment faible, celle-ci pourrait être alors fournie par des cellules solaires. Les chercheurs sont persuadés que la solution se trouve dans le domaine de la chimie et en particulier des catalyseurs, ces molécules capables d’accélérer considérablement une réaction chimique sans être elles-mêmes altérées.

L’équipe de Daniel Nocera vient de présenter une remarquable avancée dans ce domaine en mettant au point un catalyseur à la fois efficace et bon marché. Alors que les recherches précédentes suivaient la piste d’un matériau à la structure maîtrisée, celui des chercheurs du MIT est amorphe et se forme de lui-même en s’accumulant spontanément autour de l’électrode (l’anode, en l’occurrence).

Cette dernière est constituée d’un oxyde d’étain et d’indium, plongée dans une solution contenant du phosphate de potassium et du cobalt. Sous l’action du champ électrique, ces éléments s’accumulent autour de l’anode où ils deviennent un catalyseur très efficace pour rompre la molécule d’eau et produire de l’oxygène gazeux, qui s’échappe, et des ions d’hydrogène, qui restent dans la solution.

Le soleil offre un immense potentiel comme source d’énergie propre pour l’humanité. En une heure, le soleil fournit assez d’énergie à la Terre pour couvrir une année de consommation énergétique mondiale. Pour James Barber, scientifique de renom mondial dans l’étude de la photosynthèse "Cette découverte de Nocera Kanan est un pas de géant vers l’utilisation massive et peu coûteuse de l’énergie solaire en substitution des énergies fossiles".

Dans Technology Review, la revue de MIT, Karsten Meyer professeur de chimie à l’université allemande Friedrich Alexander considère même qu’il s’agit là de l’une des plus grandes découvertes du siècle Dans une déclaration publique, les chercheurs du MIT ont indiqué qu’ils espéraient que tous les foyers soient alimentés de cette manière d’ici une dizaine d’années. L’énergie produite le jour serait stockée sous forme d’hydrogène pour la nuit.

MIT