28.10.11

Peu de démocraties ont réussi à régler le problème des rapports entre la politique et l’argent – que l’on songe aux Etats-Unis ou à la France.

26.10.11

L’OLIGARCHIE CA SUFFIT, VIVE LA DEMOCRATIE
Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste.En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens. Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.

24.10.11

Faire visionner à des soldats traumatisés des scénarios de rêves artificiels pour les aider à ne pas faire de cauchemars: tel est l’objet d’un projet appuyé par l’armée américaine, selon un article de Wired.

Le but est que ces images neurologiques puissent être visionnées sur des ordinateurs portables à l'aide de lunettes en 3D et que, progressivement, ces rêves calmants et rassurants, créés de toutes pièces dans des mondes virtuels, deviennent les rêves des soldats.

Appuyé par l’armée américaine, l’hôpital naval de Bremerton, dans l’état de Washington, travaille sur ce projet de thérapie cognitivo-comportementale appelé «Power dreaming», qui vise à aider les soldats souffrant de stress post-traumatique (PTSD) à calmer leurs angoisses. Ceci grâce à des technologies avancées de réalité virtuelle et de rétroaction biologique —l’apprentissage et le contrôle des fonctions physiologiques du corps.

Ce projet de recherche avance tellement que l’armée américaine a accordé mi-octobre un demi-million de dollars à un cabinet de conseil pour aider à le développer, même s’il ne devrait pas être mis en application avant l’an prochain, selon un porte-parole de l’hôpital.

L’avenir de l’armement est désormais réservé aux drones, ces avions sans pilote dotés de techniques de reconnaissance électronique et capables de mener des frappes d’une précision chirurgicale. Selon Spiegel,ces avions sont le type d’armes que les Etats ont toujours rêvé d’avoir: très peu chères à fabriquer, elles permettent de réaliser des attaques stratégiques efficaces sans mettre en jeu la vie d’aucun soldat.

Les drones sont depuis quelques années l’arme favorite des Etats-Unis, qui les utilisent pour traquer et éliminer les talibans cachés dans les montagnes entre le Pakistan et l’Afghanistan. Plus de 2.300 talibans ont ainsi été tués depuis 2001, notamment Anwar al Awlaki, chef de guerre et imam influent né aux Etats-Unis.

Signe indéniable de succès: en 2002, l’armée américaine dépensait environ 500 millions de dollars pour la construction de drones de combat. Maintenant, le budget consacré à ce type d’arme dépasse les 5 milliards de dollars. Pour Steven Zaloga, expert en armement, le marché des drones a d’ailleurs toutes les chances de s’étendre à d’autres pays. «Le Moyen-Orient va devenir un important marché pour les drones», pense-t-il.  Steven Zagola estime par ailleurs que les ventes de drones pourront atteindre les 94 milliards de dollars dans la prochaine décennie.

22.10.11

Le magazine New Scientist se fait l’écho d’une étude du Federal Institute of Technology de Zurich (Suisse) à paraître dans la revue scientifique PloS One, qui analysé les relations entre 43.060 multinationales afin d’identifier«un groupe relativement réduit d’entreprises, principalement des banques, qui détiennent un pouvoir disproportionné sur l’économie mondiale».

James Glattfelder, un des auteurs de l’étude, explique avoir mené une analyse «fondée sur la réalité» et visant à éviter les «dogmes», que ce soient «les théories du complot ou le marché libre». Le travail de son équipe a conduit à l’identification d’un «noyau» de 1.318 entreprises qui représentent 20% du chiffre d’affaires mondial mais, à travers leurs prises de participations, contrôlent la majorité des entreprises de l’économie«réelle». Puis, en resserrant encore leur analyse, les chercheurs ont repéré 147 entreprises qui contrôlent mutuellement l’intégralité de leur capital et représentent 40% de la richesse totale du «réseau».

La liste des cinquante premières entreprises est publiée par le New Scientist et également dans l’étude suisse, disponible en ligne: on y trouve quasi-exclusivement des banques, assureurs et autres sociétés financières. Le premier du classement est la banque britannique Barclays, qui contrôle 4% du «réseau», devant deux groupes moins connus, le fonds de pension Capital Group et le gestionnaire d’actifs Fidelity Investissements. Quatre entreprises françaises y figurent: Axa (4e), Natixis (17e), la Société générale (24e) et BNP Paribas (46e)

Le New Scientist estime que ce genre d’études peut permettre de repérer«les aspects vulnérables du système», les maillons faibles: «Si l’une de ces entreprises est en détresse, cela se propage», explique James Glattfelder.

«La seule superpuissance restante, les États-Unis, a revendiqué un monopole du leadership dans le monde, a soutenu Mikhaïl Gorbatchev ... Or je disais souvent à mes partenaires occidentaux que le changement s'imposait partout, y compris dans leur propre pays.»...
On a pensé en Occident qu'aucun changement n'était requis, qu'on «pouvait continuer à agir de la même façon en utilisant les mêmes vieux outils comme les pressions militaires et politiques, pour imposer à tous un modèle unique». «On a parlé d'hyperpuissance au sujet des États-Unis, même de la constitution d'une nouvelle sorte d'empire mondial», a poursuivi M. Gorbatchev.....
«Au lieu d'un nouvel ordre mondial, on a assisté à une expansion des troubles et de la confusion à travers le monde à cause d'un déficit de leadership au niveau international, a déploré M. Gorbatchev. Le G8 n'est pas assez représentatif et le G20 n'est pas encore devenu un outil efficace pour résoudre les problèmes.»

18.10.11

Pourquoi meurt-t-on encore de faim de nos jours ?

Il y a cinq grandes raisons : premièrement, la spéculation financière sur les matières premières alimentaires qui a fait flamber leurs prix ces dernières années et rendu quasiment impossible aux agences d’aide, comme le Programme alimentaire mondial (PAM) de subvenir aux besoins des populations victimes de sous-alimentation. Il y a ensuite les agrocarburants, qui soustraient des terres fertiles et des plantes nourricières à l’alimentation humaine. Troisièmement, il y a la dette extérieure, qui étrangle les pays les plus pauvres et les empêche d’investir dans l’agriculture de subsistance. Après, il y a le dumping agricole, qui fait que, sur les marchés de Dakar ou de Cotonou, les fruits, les légumes et les poulets français, grecs, portugais, allemands etc. sont vendus au tiers ou à la moitié du prix du produit africain équivalent. Enfin, il a l’accaparement des terres par les fonds d’investissement ou les grandes multinationales, qui en chassent les paysans locaux pour y cultiver des produits destinés exclusivement aux marchés occidentaux.

17.10.11

Les gens ne cherchent pas à voyager plus. L’enquête nationale du ministère des Transports britannique montre en effet que le temps moyen de déplacement n’a pas changé depuis les années 1970 (il est toujours d’une heure par jour), pas plus que le nombre de voyages que font les gens par an. Au début des années 1970, les Britanniques réalisaient en moyenne 4 500 miles par an (7 242 km), sans compter les déplacement internationaux par avion, et depuis le milieu des années 1990, ils en réalisent 7 000 (11 265 km) sans que ce chiffre n’ait évolué depuis. David Metz évoque ce qu’il appelle la « saturation de la demande de transport ». L’avantage du voyage est de proposer un plus grand choix d’endroits où aller. Or, si le territoire est bien couvert en services, la croissance des déplacements arrive à un seuil, car nos besoins de déplacements sont satisfaits.

13.10.11

Le rapprochement avec le Tea Party n’est pas absurde, même si les deux démarches semblent s’opposer : « Occuper Wall Street » met en cause la domination du capital et l’impuissance de l’Etat ; le Tea Party impute la crise économique à l’Etat et aux impôts. Ces deux mouvements antagonistes ont néanmoins en commun une profonde défiance à l’encontre du système politique, de l’establishment. La présidence de M. George W. Bush avait dégoûté une partie de la droite américaine du Parti républicain, jugé trop interventionniste, y compris en matière économique et sociale, et donc trop dépensier, trop étatiste. Là, avec « Occuper Wall Street », l’amertume et la colère suscitées par les tergiversations de M. Barack Obama, son centrisme, ses complaisances envers la finance, ont convaincu nombre des ses anciens électeurs que le système politique était non récupérable car contrôlé, quel que soit le parti au pouvoir, par le 1 % d’Américains les plus riches.

A l’évidence, ce dernier mouvement tire son inspiration des révoltes arabes, des manifestations espagnoles de la Puerta del Sol, des mouvements étudiants chiliens, desrassemblements israéliens contre la vie chère. Dans chacun de ces cas, les protestataires désespèrent de leur système politique, que celui-ci soit dictatorial, autoritaire ou d’apparence démocratique mais soumis au poids de l’argent. Ils n’acceptent pas que la crise économique et sociale épargne de manière ostentatoire les banques et les catégories sociales les plus privilégiées, jugées solidairement responsables de son déclenchement et de son aggravation.

Aux Etats-Unis, Wall Street sert de symbole d’autant plus tentant qu’il finance « généreusement » les deux principaux partis politiques et qu’il alimente les strates les plus élevées du pouvoir d’Etat. Au demeurant, le cœur de la spéculation américaine bat à New York, ville dont le maire multimilliardaire, M. Michael Bloomberg, a fait fortune grâce à une chaîne d’information financière.

30.9.11

La Terre compterait 8,7 millions d’espèces

 


 
La question du nombre d’espèces présentes sur notre planète a longtemps tourmenté les scientifiques. Nous n’en connaissons aujourd’hui qu’1,2 million. Des estimations sur leur nombre total ont été réalisées, mais elles varient entre 3 et 100 millions ! Grâce à une nouvelle approche, une équipe de chercheurs canadiens, américains et anglais vient d’émettre une nouvelle estimation : il existerait 8,7 millions d’espèces eucaryotes (c’est-à-dire qui ne comptent pas les bactéries).
Ils ont mis au point un modèle mathématique, qui permet de connaitre le nombre d’espèces à partir de la classification des êtres vivants. Ils l’ont appliqué sur des parties bien connues de la classification puis l’ont extrapôlé à l’ensemble de l’arbre du vivant. Voilà ce qu’ils obtiennent : il existerait 2,2 millions d’espèces marines et 6,5 millions d’espèces terrestres. Il y aurait 7,77 millions d’espèces d’animaux, 298 000 de végétaux et 611 000 de champignons.
Rapporté au nombre d’espèces déjà connu, cela signifie qu’il reste à découvrir 86 % des êtres vivants terrestres, et 91 % de ceux vivants dans les océans. D’après les scientifiques, les spécimens inconnus ne vivraient que dans des zones géographiques très restreintes ou peu accessibles, comme les fonds marins. Les chercheurs ont également estimé qu’il faudrait 1 200 ans et 303 000 taxonomistes pour répertorier l’ensemble de la biodiversité mondiale. Le problème est que selon le rythme des extinctions, certaines auront disparu de la planète avant même que nous ayons eu connaissance de leur existence.
PLOS

29.9.11

Des scientifiques sur le point de lire dans les pensées d'autrui

Armés d'un scanner et d'un ordinateur, des scientifiques ont pu décoderdes signaux cérébraux et reconstruire les images d'un film visionné par trois sujets, pour les convertir en modèle informatique. Shinji Nishimoto, principal auteur de cette étude parue dans la revue américaine Current Biology, et ses collègues ont regardé deux extraits de film. Pendant ce temps, un scanner mesurait les flux sanguins dans leur cortex visuel, la zone du cerveau qui traite les images. Ces mesures ont été enregistrées dans un ordinateur qui, seconde après seconde, a pu lier les images vues par les sujets à une activité cérébrale correspondante. A l'issue de l'expérience, l'ordinateur a pu reconstruire des images, floues, des extraits de films visionnés auparavant par les trois sujets.

Jusqu'à présent, cette technique, qui combine l'imagerie par résonance magnétique (IRM) et des modèles informatiques, peut seulement reconstruire des extraits de films que les volontaires de l'expérience ont déjà vus auparavant. Mais "notre expérience visuelle naturelle est similaire à la vision d'un film", relève Shinji Nishimoto. Elle ouvre donc potentiellement la voie à une technologie capable de voir des images à l'intérieur de notre tête – comme des rêves ou le "film" de la mémoire –, estiment ces scientifiques de l'université de Californie, à Berkeley, aux Etats-Unis.

"C'est un pas important vers la reconstruction de l'imagerie interne du cerveau", juge le Professeur Jack Gallant, neurologue de cette université et coauteur de ces travaux. Selon lui, "nous ouvrons une fenêtre sur les films projetés dans notre esprit".

Ce modèle n’explique pas à lui seul, selon Kuziemko et Norton, les raisons pour lesquelles des populations à moyen ou bas revenu voteront contre leurs intérêts économiques. Ils évoquent aussi le fait que les Américains connaissent mal la réalité des inégalités actuelles. Aujourd’hui, 20% des Américains possèdent 85% de la richesse nationale, alors que la part des 40% les plus pauvres est insignifiante. Mais des études montrent que l’Américain moyen est sous l’illusion que les 20% les plus riches n’en possèdent que 59% de la richesse nationale et que la part des 40% les plus pauvres est non négligeable. D’autre part, Kuziemko et Norton cite des recherches qui indiquent que les Américains sur-estiment de manière dramatique la probabilité qu’ils arriveront à améliorer leur propre sort économique...

Ce n’est sans doute pas en essayant de contrarier cette « passion pour l’égalité » s’exprimant par un désir de ne pas se trouver en dernière position que ni Barack Obama, ni la gauche américaine pourront commencer à réduire les inégalités flagrantes de la société américaine actuelle. Mais comme le rappellent Kuziemko et Norton, ces inégalités sont perpétuées sur le plan politique par des illusions : une mauvaise connaissance de la réalité de la distribution de la richesse, une foi chimérique dans la possibilité d’améliorer son sort. C’est sans doute à ce niveau que les démocrates auront une possibilité de regagner les classes populaires et moyennes. Mais le mérite des recherches de Kuziemko et Norton est avant tout de nous rappeler que, même dans le domaine économique, les passions comptent tout autant que les seuls intérêts.

Kuziemko et Norton prétendent que le caractère déterminant du « dégout de la dernière place » augmente à mesure que le revenu diminue. La crainte de se retrouver en dernier place n’empêche pas de dormir ceux qui se retrouvent au milieu d’une distribution salariale. Par contre, les plus démunis et ceux qui se trouvent dans une situation économique légèrement supérieur à ceux-ci sont hantés par le fait qu’ils pourraient se trouver en dernier place – ou qu’ils y sont déjà.

Les conséquences de cette intuition pour l’économie politique sont considérables. Elle explique, en somme, pourquoi certains seraient portés à voter contre leur intérêt économique (celui-ci étant compris comme simple désir d’augmenter son revenu). Ceux qui se trouvent dans la tranche salariale légèrement au-dessus de la tranche inférieure s’opposeraient à des politiques de redistribution qui risqueraient de donner un coup de pouce aux plus infortunés qu’eux. La redistribution, en somme, menace leur statut d’« avant-derniers ». Kuziemko et Norton montrent très clairement que ces considérations se révèlent déterminants, par exemple, dans les attitudes envers le salaire minimum. Selon leurs recherches, ce sont précisément les Américains qui gagnent entre $7,26 et $8,25 par heure – soit un peu plus que le salaire minimum actuel ($7,25) – qui sont les plus susceptibles de s’opposer à ce que le salaire minimum augmente.

Affirmer que le phénomène des Big Data participe de certains des plus grands changements historiques et philosophiques ne revient pas à suggérer qu’il en soit le seul responsable. Le monde académique n’est en aucun cas l’unique moteur du tournant computationnel. Il existe un mouvement de fond, gouvernemental et industriel, pour récolter et extraire le maximum de valeur des données, qu’il s’agisse d’informations qui permettront de mieux cibler les publicités, du design de produits, de la planification du trafic ou de la lutte contre le crime. Mais nous croyons réellement qu’il existe de nombreuses et sérieuses conséquences à l’opérationnalisation des Big Data, et à ce que cela va signifier pour l’agenda scientifique. .. Lorsque nous les utilisons, nous devrions donc également prendre en considération la manière dont ils participent à la construction du monde. L’ère des Big Data vient à peine de commencer, mais il est d’ores et déjà important que nous nous mettions à interroger les hypothèses, les valeurs, et les partis-pris de cette nouvelle vague de recherches...

 La méthode scientifique s’efforce de se déprendre de toute subjectivité grâce l’application d’un processus dépassionné par lequel des hypothèses sont proposées et testées, aboutissant au final à! une amélioration des connaissances.

 Il ne suffit pas de simplement demander, comme le suggère Anderson “Qu’est-ce que la science peut apprendre de Google ?”, mais il faut se demander comment Google et les autres moissonneurs de Big Data peuvent changer le sens même d’apprendre, et quelles nouvelles possibilités et limites pourraient accompagner ces systèmes de connaissance.

Durant les premières décennies du 20e siècle, Henry Ford a imaginé un système de production pour la fabrication de masse, utilisant des machines spécialisées et des produits standardisés. Simultanément, il est devenu la vision dominante du progrès technologique. Impliquant des chaînes d’automatisation et d’assemblage, le fordisme est devenu l’orthodoxie de la production pour les décennies suivantes : adieu les artisans compétents et le travail lent, bienvenue dans une ère du “fait à la machine” (Baca 2004). Mais il s’agissait de bien plus que d’un nouvel ensemble d’outils. Le 20e siècle fut profondément marqué par le fordisme : ce dernier a produit une nouvelle compréhension du travail, de la relation humaine au travail et plus largement de la soci&eacut! e;té.

 Pour que la parole naisse, il faut être deux. Avant d’étudier les structures du langage, il faut donc réfléchir à la nature d’une communication, et sur ce que peut être une communication réussie. Le langage n’est donc pas quelque chose qui se trouve à l’intérieur de chaque individu, mais une création collective qui s’opère lors de la communication.

10.9.11

 Jusqu'à récemment, la communication par les opérateurs de téléphonie des factures détaillées (les "fadettes") de leurs clients aux services de police était encadrée par l'article 22 de la loi du 10 juillet 1991. Elle imposait notamment à la police une procédure d'autorisation, soit par un juge, soit par la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS).

La loi contre le terrorisme de 2006 a tout changé : une simple réquisition permet désormais au parquet de consulter les "fadettes", sans que la CNCIS ait son mot à dire. Le texte prévoit en outre que ces "données de connexions" téléphoniques (qui appelle qui, où, quand, combien de temps) puissent être stockées pendant un an.

En conséquence, une "avalanche de réquisitions s'abat, sans contrôle, sur les opérateurs", rapporte le Canard enchaîné du 7 septembre 2011. Interrogé par l'hebdomadaire, le porte-parole du CNCIS admet que ces demandes lui"échappent totalement". "Seul le législateur peut changer cet état de fait", ajoute-t-il. "La loi de 1991 était jugée trop lente. On a accéléré les procédures dérogatoires au nom de l'antiterrorisme en maintenant un niveau minimum de légalité", souligne Christophe André, maître de conférence à Sciences Po et auteur de Droit pénal spécial. "Le problème, c'est que ces procédures finissent par devenir la norme..."

La France, championne d'Europe de la surveillance des télécommunications ? C'est la Commission européenne qui le dit dans l'annexe d'un rapport datant d'avril 2011. En 2009, le "pays des droits de l'homme" a procédé à pas moins de 514 813 demandes d'accès aux "logs" (qui a téléphoné ou envoyé un mail à qui, quand, d'où, pendant combien de temps ?) conservées par les opérateurs de téléphonie fixe ou mobile, et les fournisseurs d'accès à Internet (FAI). La surveillance des télécommunications est encadrée au niveau communautaire. Mais à titre de comparaison, le pays le plus peuplé de l'UE, l'Allemagne, n'en a réalisé que 12 684, soit 42 fois moins que la France.

La volonté de surveiller les internautes se concrétise deux mois à peine après les attentats du 11-Septembre. Le 15 novembre 2001, le gouvernement Jospin modifie dans l'urgence son projet de loi relative à la sécurité quotidienne (LSQ), qui intègre divers moyens de lutte contre le terrorisme. Parmi eux, l'amendement 2, qui donnera naissance au fameux article 29, invite les fournisseurs d'accès à Internet à stocker pendant un an les "logs", c'est-à-dire les données de connexion de leurs abonnés.