27.8.12

 L’humanité a désormais du temps libre, des revenus, de la mobilité ? Les classes moyennes des pays émergents. Un milliard et demi de personnes ont quitté la pauvreté depuis vingt ans : 300 millions en Afrique, 300 millions en Inde, 400 millions en Chine…

Démarré dans les années 1950 avec l’avènement des congés payés, la démocratisation du transport aérien et l’apparition progressive d’une classe mondiale de salariés et de retraités actifs, l’essor exponentiel du tourisme, avec une croissance de 15 % par an, s’apparente ainsi à une véritable révolution. 25 millions de touristes internationaux seulement en 1950, tous occidentaux, 1 milliard aujourd’hui, cosmopolites. Auxquels il faut ajouter un milliard de touristes internes !

Le retour de la Chine au centre

13 août 2012

par Francois Gipouloux

Surpassant le Japon en 2011, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale. Son objectif : dépasser les États-Unis, se hisser au rang de première puissance mondiale. Son ascension dans les hautes technologies et la finance se confirme…

Relevons toutefois deux paradoxes, liés à la récente actualité économique. La Chine dispose de la moitié du réseau ferré à grande vitesse au monde, elle projette d’exporter sa technologie aux États-Unis…, et ne peut empêcher l’accumulation de pannes et un accident majeur à Wenzhou qui a fait plusieurs dizaines de victimes le 23 juillet 2011. Second paradoxe : la tournée du Premier Ministre Wen Jiabao en Europe, en juin 2011, s’est accompagnée d’un soutien appuyé au plan de sauvetage de l’euro, qui conforte la montée en puissance de la monnaie chinoise ; et pourtant, les banques d’État chinoises ne sont pas capables de financer 

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La dette n’est pas une création récente. En Mésopotamie, 3500 ans avant notre ère, soit mille ans avant les premières frappes de monnaies, les Sumériens possédaient un système de comptabilité administrative dont les bureaucrates se servaient pour recenser les dettes, les prêts et les amendes dont devaient s’acquitter les habitants. L’unité de compte de ce système était une barre d’argent. Pourtant le métal ne servait pas à effectuer des règlements. Ceux-ci pouvaient être acquittés au moyen de toute marchandise dont les habitants pouvaient disposer. Les barres d’argent ne circulaient pas dans l’économie, et servaient encore moins à effectuer des échanges, lesquels reposaient déjà sur le crédit.

20.8.12

Le « sentiment ethnique » tel que compris par les historiens, c’est tout simplement le fait national précolonial. Il désigne un moment bien particulier : celui qui précède la conquête. Les peuples alors indépendants ont connu, à leur façon mais comme ailleurs, un processus de constitution de « nations (1) », c’est-à-dire la conscience d’appartenir à une communauté linguistique, culturelle et politique héritée d’un passé commun. Mais, bien sûr, toute collectivité soucieuse de légitimer son histoire était prompte à la réinterpréter idéologiquement au nom d’une « parenté sociale » rêvée ou reconstituée à travers des « mythes d’origine » (tous seraient plus ou moins descendus du même ancêtre).

A l’époque coloniale, un double courant consolida ces vues : d’une part, l’ethnographie coloniale fut trop contente de figer ces réalités mouvantes à l’intérieur de territoires stables, propres à faciliter dénombrements, levée de l’impôt et recrutements de travailleurs : les « ethnies » devinrent « tribus » ce qui permettait doublement d’évacuer l’idée de « nation », domaine réservé de l’Etat occidental. D’autre part, le rejet du modèle blanc incita les Africains à entrer dans ce jeu : l’oppression favorisa la quête désespérée d’un ré-enracinement identitaire ; le sentiment ethnique devint revendication de leur différence : il se rigidifia, voire s’inventa comme autonome et ancien.

18.8.12

Une des caractéristiques du financiarisme : l’absence de responsabilité, de sanction en cas d’erreur. Ce qui entraîne une logique permanente du “pile, je gagne ; face, je ne perds rien”, qui conduit donc rapidement à faire n’importe quoi, puisque par définition l’espérance de gain sera toujours positive (en l’absence de perte). ..La base du libéralisme est que, face à la liberté mise en avant, il faut une responsabilité personnelle très forte pour responsabiliser les acteurs.

7.8.12

N’en doutons pas : notre avenir sera commun ou ne sera pas. Il y a 25 ans, Gro Harlem Brundtland écrivait : « Nous vivons à une époque de l’histoire des nations où nous avons plus que jamais besoin d’actions et de responsabilités politiques coordonnées ». 

Si les pays avancés veulent échapper à une diminution de la croissance et du bienêtre, il faut exclure le retour au statu quo. Dans la « nouvelle normalité », celle d’une croissance molle et d’une pression accrue sur les finances publiques, il est difficile de préserver les systèmes de protection sociale et de répondre à des coûts sociaux croissants. Les décideurs vont devoir prendre des initiatives décisives, mais pour assurer la croissance à long terme, il faudra aller plus loin.

D’ici 2030, 1 milliard de Chinois, soit 1/8e de la population mondiale, résidera en ville. Plus de 200 villes chinoises compteront plus d’un million d’habitants d’ici 2030. Ce chiffre est à mettre en perspective avec l’ensemble des villes européennes qui ne comptent pas plus de 35 millions de citadins aujourd’hui. 50 000 nouveaux gratte-ciels, soit 10 fois plus qu’à New York, seront construits, ainsi que 5 milliards de mètres carrés de routes).

- Le bouddhisme est la religion qui connaît la plus grande croissance aux États-Unis.

- Il y a aujourd’hui plus de restaurants de curry en Angleterre qu’en Inde.

- Le PIB de la Chine dépassera probablement celui des États-Unis d’ici la moitié du siècle.

- Des pôles d’excellence ou culturels émergent partout dans le monde (Bollywood, des centres de la mode à Shanghai, en Inde, au Japon…).

- De nombreux produits typiquement asiatiques culturellement parlant inondent le monde occidental (les sushis, le yoga, le feng shui, le tai-chi).

L’eau est rapidement devenue une ressource limitée. Des problèmes quant à sa quantité, sa qualité et à sa distribution sont d’actualité. L’OCDE estime que la moitié de la population mondiale vivra dans des régions connaissant des pénuries d’eau d’ici 2030.

- Croissance de la population mondiale

Le plus grand changement surviendra au niveau démographique, avec une croissance rapide et continue de la population mondiale. Selon les Nations Unies, elle devrait passer de 6,8 milliards à 9 milliards d’habitants d’ici 2050. Cette croissance ne sera pas uniforme à travers le globe. Toujours selon les prévisions des Nations Unies, 98% de la hausse des populations proviendra des pays émergents.

- Une urbanisation galopante

La montée de l’urbanisation est le second facteur démographique clé. Plus de la moitié de la population mondiale est déjà urbaine. Les gens continuent d’affluer dans les villes, à la recherche d’un meilleur mode de vie. Les Nations Unies prévoient un taux d’urbanisation de 60% en Chine et de 40% en Inde d’ici 2050. En 1975, ce taux n’était qu’à 20% pour ces deux pays.

- Une population vieillissante

Le vieillissement est la troisième évolution cruciale de la démographie. Les populations vieillissent tant dans le monde développé que dans certains pays émergents tels que la Chine et la Russie. Selon les Nations Unies, plus d’un quart de la population des pays du G7 atteindra l’âge de la retraite en 2030.

- Une classe moyenne en pleine expansion

Selon les données de la Banque mondiale, la classe moyenne, celle dont le revenu annuel se situe entre 3 000 $ et 20 000 $, va s’étendre de 7% de la population mondiale en 2000 à 16% en 2030. Dans un même temps, le pourcentage de personnes définies comme "riches" aura plus que doublé, de 10% à 21% sur la même période.

"Une tendance est la résultante de toutes les forces qui nous muent à l’instant présent et qui transformeront probablement notre futur. Ces forces impactent notre futur géopolitique, social, culturel, économique et technologique. Elles nous procurent une vision puissante vers le futur."

29.7.12

En une vingtaine d’années (sur la séquence effondrement de l’URSS 1991 et printemps arabe 2011), nous avons vu s’écrouler non seulement des murs, mais des idéologies, des préjugés, des modes de pensée, des pronostics. La « victoire » du Bien sur le Mal, par exemple… Souvenons-nous des accents triomphants de la société libérale après la fin du collectivisme. Fin de l’histoire, victoire définitive du libéralisme, démocratie destinée à se répandre sur la terre comme une traînée de poudre. Plus d’ennemi, plus de guerre…

2.7.12

Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ?

Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même l’inverse.

Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les Etats-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais.

26.6.12

 Au niveau cérébral, la lecture est un processus complexe mais qui revient toujours à solliciter les mêmes aires : il s’agit de mettre en connexion les centres de la vision (aire occipitale du cerveau qui s’occupe de la reconnaissance graphique des signes) avec les centres du langage (lobe temporal gauche), en utilisant deux voies principales : la « voie lexicale » (celle du sens) et celle du son (phonologique). C’est un peu compliqué, mais au fond, ce processus universel signifie que le cerveau ne crée pas de nouveaux circuits pour apprendre à lire : il mobilise des dispositifs et des compétences existantes et les connecte.

Il n’y a donc pas de création d’un centre de la lecture dans le cerveau, mais l’utilisation de circuits existants détournés pour d’autres finalités. Ce processus de recyclage est comparable à l’apprentissage de la nage. Pour nager, les humains ne créent pas des nageoires, ils utilisent bras et jambes d’une façon nouvelle pour se maintenir à la surface de l’eau et avancer. Nos bras et jambes sont « recyclés » en nageoires.

La lecture implique donc une adaptation du cerveau à une fonction nouvelle, mais elle ne peut le faire qu’en s’adaptant aux capacités cérébrales. Finalement, la culture doit épouser les contraintes du cerveau pour réussir à s’y implanter durablement.

L’acquisition du langage démarre dès la naissance, par la détection progressive des sons, puis des mots de la langue maternelle. À partir de 2 ans, l’enfant se met à assimiler à une vitesse vertigineuse des milliers de mots et des règles de grammaire, ce qui implique qu’il possède une compétence à acquérir le langage. Cette compétence ne saurait être développée par un cerveau « inachevé ». Elle suppose au contraire une grande précocité de développement et la mise en action d’aires cérébrales finalisées et spécialisées dans le langage. Le petit humain est équipé de tout un arsenal spécialisé destiné à l’acquisition du langage. Les recherches en psychologie sur les capacités précoces du nourrisson montrent que le cerveau de l’humain n’est pas sous-développé par rapport à d’autres espèces, mais est au contraire surdéveloppé et prédisposé à accomplir toute une série de tâches complexes : le langage en est un bon exemple. Le langage maternel n’est là que pour alimenter un cerveau à la recherche de mots, de règles grammaires, qui permettent à cet « instinct du langage » de s’exprimer .

 

Transmettre un savoir ou une pratique n’est pas si facile. Il faut compter avec des partenaires qui évaluent, filtrent, transforment ou encore rejettent l’héritage qui leur est proposé.
 Prenons du recul et imaginons une petite communauté comme il en existait sans doute partout dans le monde avant la formation des royaumes et des États. À Malaita (Nouvelle-Guinée), par exemple, les Kwaios vivent en villages aux effectifs réduits, et relativement isolés. Ils ont entre autres une préoccupation partagée : celle des adalo, sortes d’esprits malins qui peuvent leur causer toutes sortes de déboires, mauvaises récoltes et maladies. Ils ne savent pas à quoi ressemblent les adalo, ni où ils sont, mais ils en rêvent et en parlent beaucoup, et font beaucoup de choses pour échapper à leurs manigances. Comment une telle croyance s’est-elle répandue ? Inévitablement, par une sorte de bouche à oreille : chez les Kwaios, il n’y a ni Église ni médias pour répandre de tels mythes. Pourquoi ont-ils ce succès ? Parce que cette croyance satisfait à une sensibilité, commune à tous les êtres humains, face aux dangers que représentent les êtres animés d’intentions. Des traditions comme celle-là, il en existe des milliers dans le monde. Mais bien des écueils les guettent : le rejet, l’incrédulité, l’oubli, la concurrence d’une autre croyance importée par quelque missionnaire bénévole. Comme le souligne Olivier Morin, l’être humain est un « imitateur flexible » (1) : encore faut-il pour que nous adoptions une tradition qu’elle soit plus attrayante ou plus utile que ce que nous pensons nous-mêmes, chacun par-devers nous. Encore faut-il que, dans notre entourage, beaucoup d’autres gens la mémorisent, pour que la tradition reste vivante. C’est pourquoi certains anthropologues décrivent les traditions comme des entités « virales » qui infectent nos mémoires et se répandent de proche en proche. Mais pas toutes ! Il y a beaucoup de candidates et peu d’élues, et les élues ont de la chance : traverser le temps et les générations donne du poids aux idées. Elles se targuent alors, en tant que traditions, de jouir d’un droit de premier occupant.
C’est pourquoi on les récupère, on les déforme. Les « imitateurs flexibles » que nous sommes se font aussi des inventeurs de légendes et de chimères utiles. Voilà bientôt trente ans que des historiens critiques nous le répètent : les traditions nationales ou régionales souvent ne sont pas ce que l’on croit. Elles doivent peu au passé et beaucoup au présent. Les druides ont sûrement pratiqué des rites étranges, mais ils ont peu en commun avec ceux qui les imitent aujourd’hui en forêt de Brocéliande. Certes, les Gaulois ont existé, mais ils sont si peu les ancêtres des Français. Oui, la pizza est un plat italien, mais elle fut à la mode à Naples avant que la première tomate franchisse l’Atlantique. Peu de communautés humaines manquent de se doter d’un patrimoine de récits et de pratiques faciles à transmettre parce que conçus précisément pour cela : devenir des traditions, proliférer et se répandre sans peine dans les esprits. Quitte à laisser de larges pans de l’histoire dans l’oubli ou bien à reconstruire une mémoire gratifiante pour une cause présente.
Transmettre n’est pas un exercice de copie conforme
Aujourd’hui, il est souvent question d’une crise de la transmission entre générations. Des essayistes s’indignent : les jeunes n’écoutent plus leurs aînés. Perte des valeurs ? Échec de la culture ? Anomie ? Un examen plus posé, comme celui que proposent Willy Lahaye, Jean-Pierre Pourtois et Huguette Desmet (2), montre un tableau un peu plus intelligent des faits. D’abord, il donne raison aux inquiets : mesurées à trente ans d’intervalle (1973-2003), les attitudes, valeurs et postures de deux générations de parents et d’enfants manifestent ce qu’ils nomment une « rupture conjoncturelle » : l’« expression de soi » a supplanté l’obéissance aveugle, l’idéal du bien-être a fait reculer celui de l’ambition, la posture prescriptive a cédé la place à la pédagogie relationnelle, et le souci du développement de l’enfant l’emporte sur les désirs des parents. Mais la révolution est loin d’être totale : au bilan, les positions sociales et les pratiques réelles des enfants (devenus adultes) ressemblent plus à celles de leurs parents qu’elles se ressemblent entre elles. Conclusion : si les idées et les attitudes ont changé, les pratiques, elles, continuent de refléter les héritages parentaux. Qu’on le veuille ou non, et pour parodier le slogan de Paul Watzlawick, il semble bien « que l’on ne puisse pas ne pas transmettre (3) ». Et s’il en est ainsi, c’est que transmettre n’est pas un exercice de copie conforme.
D’abord, il faut faire la part des choses qui s’acquièrent presque toutes seules : s’il est normal, même avec des parents peu attentifs, un enfant apprendra sans peine à parler, marcher, à dormir la nuit et plus tard à s’accoupler sans avoir besoin de consulter un sexologue. Lui faire réciter le code civil est une autre affaire. Pour ces savoirs un peu plus difficiles à maîtriser, dans la partie qui se joue entre générations, la concurrence est rude, et les acteurs variés. Dès 1939, l’anthropologue Abram Kardiner en distinguait deux sortes : la famille, les proches (ou instances primaires), et, plus largement, l’école, la religion, la société (ou instances secondaires). Les influences qu’exercent les unes et les autres ne sont pas toujours harmonieuses, et c’est, dans les sociétés modernes, l’une des sources de l’actuelle déconvenue des parents convaincus de l’influence néfaste des médias sur leurs enfants. Plus récemment, pédagogues et psychologues ont mis le doigt sur ce troisième acteur, relais entre les deux autres, que sont les « pairs », les camarades d’études, puis les collègues de travail. Ils sont les acteurs conjoncturels d’un environnement qui influe sur le destin de tout individu (4). Ils invitent surtout à prendre plus au sérieux l’existence d’une forme « horizontale » de transmission, qui vient, selon le cas, compléter ou contrarier, ce que les traditions verticales peuvent avoir d’insuffisant face à la marche du temps et des besoins nouveaux.

21.6.12

Qu’on le koro, le breton et lepotawatomi en commun? Ce sont toutes les trois des langues menacées de disparition. D’après National Geographic, une langue meurt toutes les deux semaines. Et d’ici à 2050, près de la moitié des 7.000 langues parlées sur la terre vont disparaitre. Mais pas de panique, Google vient de lancer un projet visant à lutter contre ce phénomène, rapporte Mashable.